Chapelle des 7 saints
Lieu religieux

Chapelle des 7 saints

Côtes d'Armor, Bretagne

À propos de ce lieu

Au Vieux-Marché, dans les collines du Trégor, une chapelle bretonne du XVIIIe siècle célèbre chaque année un pardon où un imam psalmodie une sourate du Coran devant une fontaine à sept trous. Nulle part ailleurs en France un tel lieu n'existe. Tout commence bien avant la chapelle, bien avant même le christianisme. Sous le transept sud de l'édifice actuel sommeille un dolmen néolithique à couloir, le dolmen de Stivel : six pierres de granit, deux tables horizontales soutenues par quatre dalles verticales, résidu d'un tumulus dont la terre a disparu depuis des millénaires. Les hommes de la préhistoire avaient choisi ce lieu pour enterrer leurs morts. Le lieu était déjà sacré quand les premiers missionnaires grecs arrivèrent. Car c'est par des moines grecs que l'histoire s'emballe. Aux VIe et VIIe siècles, des commerçants orientaux remontent la rivière Léguer depuis le petit port du Yaudet jusqu'aux terres intérieures du Trégor. Ils portent avec eux un récit né à Éphèse, en Asie Mineure, aujourd'hui la Turquie. Sept jeunes chrétiens, officiers de la cour de l'empereur Dèce, refusent d'abjurer leur foi. Ils se réfugient dans une caverne de la montagne, s'endorment mysterieusement, sont emmurés vivants sur ordre de l'empereur. Deux siècles plus tard, sous le règne de Théodose, un maçon ouvre par hasard la paroi. Les sept dormants se réveillent, ignorant qu'ils ont dormi cent quatre-vingt-treize ans. Ils s'inclinent, rendent l'âme, et entrent dans la légende, à la fois dans les martyrologes chrétiens et dans la sourate 18 du Coran, la sourate de la Caverne, lue chaque vendredi dans les mosquées du monde entier. Ces moines grecs reconnaissent dans le dolmen du Stivel une caverne analogue à celle d'Éphèse. Ils christianisent le monument mégalithique et y installent le culte des Sept Dormants. Une première chapelle est érigée. Elle devient lieu de pèlerinage local, vivant mais ignoré du reste du monde. Jusqu'en 1951. Louis Massignon, professeur au Collège de France, plus grand arabisant de son époque, visite la crypte-dolmen lors d'un voyage en Bretagne. Frappé par la similitude entre la vieille gwerz bretonne chantée à ce pardon et les versets coraniques, il comprend qu'il se trouve devant quelque chose d'unique : un lieu saint partagé, sans qu'aucune des deux traditions ne l'ait jamais su. En 1954, il relance le pardon et y greffe une cérémonie islamique. Chrétiens et musulmans convergent désormais ensemble vers Vieux-Marché le quatrième dimanche de juillet. Un imam lit la sourate de la Caverne près de la fontaine dont l'eau jaillit par sept trous dans la pierre, exactement comme la fontaine de Sétif, en Algérie. En 1965, l'ancienne mosquée d'Alger offre sa grande cloche à la chapelle. Elle porte une inscription : Appelez-moi cloche de l'Unité. Un dolmen néolithique, une légende née en Turquie, une gwerz bretonne, un verset du Coran, et une cloche algérienne, tout cela dans un hameau de trois cents âmes au fond du Trégor.

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Informations pratiques

Localisation

Place Louis Massignon, 22420 Le Vieux-Marché