
Lieu religieux
Chapelle Notre Dame de l’Espérance
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
En 1872, des carriers qui taillent le granite du Mont-Dol mettent au jour des ossements d'une taille inhabituelle. Ils pensent d'abord à des baleines échouées depuis des temps immémoriaux. Ce sont des mammouths. Une cinquantaine de mammouths, douze rhinocéros laineux, une cinquantaine de chevaux, des rennes, des cerfs mégacéros, des loups, des lions, des ours, et parmi tout cela, des outils en silex, des pointes moustériennes, des racloirs. Des chasseurs de Néandertal campaient ici il y a cent dix mille ans, au sommet de ce promontoire de soixante-cinq mètres qui surplombait alors une plaine immense et froide, avant que la mer ne monte et ne dessine la baie du Mont-Saint-Michel.
Ce bloc de granite mancellien, le même que celui du Mont-Saint-Michel, à douze kilomètres de là, émerge seul dans le marais de Dol, roche dure sortie nulle part, visible de loin dans le plat pays de l'estuaire. Les premières traces de culte y remontent à l'Antiquité : des fragments d'autels tauroboliques, vestiges du culte de Mithra, y sont découverts en 1778 par un prêtre professeur de Chateaubriand. Le mont est sacré avant d'être chrétien.
Une chapelle bénédictine dépendant de l'abbaye du Mont-Saint-Michel y est attestée dès 1158, donnée par l'archevêque de Dol à l'abbaye qui la tient dans le paysage d'en face. Elle est donnée pour le salut de qui la contemple, comme un signal lancé sur la mer. Pendant la Révolution, les bâtiments tombent en ruines. En 1802, les pierres de la chapelle sont utilisées pour construire une tour du télégraphe Chappe, sur la ligne Paris-Brest — ce mont est aussi une position stratégique, un relais pour les signaux de l'Empire. En 1854, le télégraphe optique est rendu obsolète par l'électrique. L'abbé Demiriac arase la tour, l'ouvre, et la transforme en chapelle dédiée à Notre-Dame de l'Espérance. Elle est consacrée le 13 octobre 1857.
La chapelle est minuscule. Une voûte en berceau plein-cintre, un campanile en façade, un autel extérieur pour les pèlerinages. Depuis son plateau, la vue embrasse la baie entière, le Mont-Saint-Michel par temps clair, Cancale, la côte d'Émeraude, quarante villages selon les anciens visiteurs. La légende dit que c'est depuis ce mont que l'archange Michel prit son élan pour bondir jusqu'au rocher de la baie, son empreinte dans le granite est encore visible au sud-est de la chapelle. Les griffes du diable le sont aussi, dans un rocher voisin.
Les pèlerins viennent encore le 15 août. Ils posent le pied dans l'empreinte de l'archange, comme les jeunes gens du Moyen Âge qui espéraient se marier dans l'année.
Le mont est habité par des présences trop anciennes pour qu'on les compte.
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