
Lieu religieux
Chapelle Sainte-Barbe du Faouët
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
Au flanc d'un ravin, suspendue entre la roche et le vide, une chapelle gothique surgit des arbres comme si la forêt l'avait sécrétée elle-même. Sainte-Barbe du Faouët ne ressemble à rien d'autre en Bretagne.
Tout commence par une peur. En 1489, Jean de Toulbodou, gentilhomme de Locmalo, chasse sur les terres du baron du Faouët quand un orage violent éclate au-dessus du ravin de l'Ellé. La foudre fracasse les parois rocheuses. Des blocs dégringolent autour de lui. Acculé, le seigneur implore sainte Barbe, protectrice contre la foudre, et lui promet, s'il survit, de lui bâtir une chapelle à cet endroit précis. L'orage s'arrête. Toulbodou est vivant. Homme de parole, il achète le terrain dès le lendemain et pose la première pierre le 6 juillet 1489. Les travaux dureront vingt-trois ans.
Ce qui rend le lieu unique, c'est l'endroit lui-même. Le site est si escarpé, si étroit, que les bâtisseurs ont dû renoncer à la nef traditionnelle. La chapelle est ramassée, compacte, coincée dans la pente. Le clocher, une tour hexagonale, se dresse à part, séparé du corps principal. Le campanile est posé encore plus loin, sur le plateau en surplomb, abritant une cloche dont la vertu proclamée est d'éloigner la foudre. Ce n'est pas une église construite malgré le terrain : c'est le terrain qui a dicté chaque décision.
À l'intérieur, la voûte en pierre sur croisées d'ogives est une anomalie pour l'époque, presque toutes les chapelles bretonnes du XVe siècle avaient des voûtes en bois. Ici, les nervures portent des anges à la chevelure bouclée qui brandissent les blasons des familles fondatrices. Les vitraux, ajoutés dans la première moitié du XVIe siècle, racontent en images la vie de sainte Barbe, le vœu de Toulbodou, des marins sauvés des tempêtes.
Vers 1700, un architecte nommé Sébastien Le Meur transforme l'accès au site en véritable composition baroque : escaliers monumentaux en granit, passerelle vers un oratoire dédié à saint Michel, terrasses étagées qui organisent le parcours des pèlerins. À 400 mètres en contrebas, dans la forêt humide qui longe l'Ellé, une fontaine de dévotion achève l'ensemble en 1708. Sa statue de sainte Barbe est mutilée, la tête tranchée, le bras droit coupé, et conserve pourtant une dignité troublante dans sa niche en coquille.
Ce lieu a été, à la fin de l'Ancien Régime, le cinquième pèlerinage le plus fréquenté de tout l'évêché de Cornouaille. On venait y guérir des peurs, des angoisses, des tremblements. On y vient encore.
La chapelle est toujours là, accrochée à sa falaise, indifférente aux siècles, et l'orage, parfois, gronde dans la vallée.
Tags
chapellereligieuxgothique


