Château de Beaumesnil
Château

Château de Beaumesnil

Eure, Normandie

À propos de ce lieu

Les initiales gravées sur les façades ne sont pas celles du commanditaire. Elles sont celles de sa veuve. MDC, Marie Dauvet-Desmarets, apparaît discrètement dans le décor sculpté du château de Beaumesnil, comme une signature de propriété posthume. Jacques Le Conte, marquis de Nonant, avait lancé les travaux pour elle, cadeau de mariage d'une ambition exceptionnelle. Il mourut avant d'avoir vu son œuvre achevée. Elle finit le chantier seule, modifia les plans, imposa ses choix, et fit graver ses initiales là où le mari avait voulu mettre les siennes. Le domaine de Beaumesnil existe depuis 911. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte, qui partage la Normandie entre le roi de France et le Viking Rollon, mentionne ce territoire. Au XIIIe siècle, la famille d'Harcourt y élève une forteresse. De cette construction médiévale, il ne reste qu'une motte circulaire plantée d'un labyrinthe de buis, fantôme végétal d'une tour disparue, amas de terre entouré d'eau que le château baroque a choisi de garder en son parc, comme un aveu d'ancienneté. En 1604, Félix Le Conte, baron de Nonant, acquiert la propriété. Son fils Jacques hérite, épouse Marie Dauvet-Desmarets et décide de tout reconstruire. Il confie les plans à l'architecte Jean Gallard entre 1633 et 1640, les mêmes années que la fontaine Médicis et l'hôtel de Sully à Paris. Beaumesnil est l'un des trois seuls exemples connus de baroque Louis XIII en France. Ailleurs, à la même époque, la sobriété classique s'impose déjà. Ici, Gallard fait exactement l'inverse : il orne, charge, décore, théâtralise. Chaque fenêtre est surmontée d'un masque de pierre, mascarons grotesques et expressifs, visages qui grimaçent, sourient ou s'étonnent à chaque niveau de la façade. La brique normande, enduite sur les parties fragiles, est habillée de chaînes de pierre aux angles. Les lucarnes culminent en frontons brisés. Les influences se superposent, Italie, Flandres, Renaissance finissante, dans un équilibre qui n'appartient qu'à ce château. La rigueur est là pourtant. Le chiffre trois commande tout : trois corps de logis, trois niveaux, trois matériaux, brique, pierre, ardoise. Mais l'architecte brise lui-même sa règle : les fenêtres du corps central ne s'alignent pas avec celles des pavillons d'angle, créant une dissonance voulue qui donne au château son caractère étrangement vivant. Le domaine resta dans la même famille plus de trois siècles. Au XXe siècle, le prince Jean-Louis de Fürst-enberg en hérite, le restaure méthodiquement, y installe une remarquable collection de reliures anciennes incluant des incunables imprimés avant 1501. À sa mort en 1982, la fondation Fürstenberg-Beaumesnil prend le relais. Dans le parc, la motte médiévale attend toujours sous son labyrinthe. Et sur les façades, les masques de pierre regardent passer les siècles avec une expression qu'on ne peut pas tout à fait déchiffrer.

Tags

châteauparcmonuments historiques

Informations pratiques

Localisation

2 Rue des Forges, 27410 Mesnil-en-Ouche