
Château
Château de Carrouges
Orne, Normandie
À propos de ce lieu
Derrière ses douves, Carrouges ressemble à un château posé sur l’eau. Briques rouges, granit sombre, hautes toitures d’ardoise : plusieurs siècles se superposent dans ses murs. Mais l’un des épisodes les plus célèbres de son histoire ne s’est pas joué ici. Il commence avec Jean de Carrouges, seigneur des lieux, et s’achève en 1386 devant le roi de France, dans l’un des duels judiciaires les plus célèbres du Moyen Âge.
Carrouges apparaît dans les textes dès 1136, lorsqu’une première forteresse est assiégée par Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou. À cette époque, le château surveille un territoire stratégique aux confins du duché de Normandie.
Deux siècles plus tard, la guerre de Cent Ans impose de nouvelles défenses. Jean IV de Carrouges fait probablement édifier dans la seconde moitié du XIVe siècle le puissant donjon carré qui constitue encore le cœur le plus ancien du château actuel.
Son nom va bientôt entrer dans l’Histoire.
En 1386, son épouse Marguerite de Thibouville accuse Jacques Le Gris, ancien ami de son mari, de l’avoir violée. Faute de preuve permettant de trancher l’affaire, Jean de Carrouges obtient du Parlement de Paris l’autorisation d’affronter Le Gris en duel judiciaire.
Le 29 décembre, les deux hommes combattent à Paris devant une foule immense et le roi Charles VI.
Carrouges tue son adversaire.
L’affaire traversera les siècles jusqu’à inspirer Le Dernier Duel, porté au cinéma par Ridley Scott en 2021.
Pendant ce temps, le château poursuit sa propre métamorphose.
Au XVe siècle, la seigneurie passe aux Blosset, puis aux Le Veneur par mariage. Cette famille conservera Carrouges pendant près de cinq siècles. Jean Le Veneur, cardinal et proche de François Ier, fait construire entre 1505 et 1533 le spectaculaire châtelet d’entrée flanqué de quatre tours, considéré comme l’un des premiers témoignages de la Renaissance en Normandie.
À la fin du XVIe siècle, Tanneguy Le Veneur transforme profondément l’ensemble. De nouvelles ailes de briques et de granit ferment progressivement la cour intérieure. L’ancienne forteresse devient une demeure de prestige sans faire disparaître son passé militaire.
Au XVIIe siècle viennent les jardins, les terrasses et de grandes grilles de ferronnerie. Génération après génération, portraits, meubles et souvenirs familiaux s’accumulent derrière les murs.
Fait rare, Carrouges ne sera jamais vendu pendant près de sept siècles : mariages et successions assurent sa transmission jusqu’au XXe siècle.
En 1936, l’État l’acquiert.
Les douves entourent toujours le château. Le vieux donjon se dresse encore derrière les façades Renaissance.
Et sous les reflets rouges de Carrouges demeure le souvenir d’un chevalier parti d’ici pour confier son honneur au jugement des armes.
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