Château de Filières
Château

Château de Filières

Seine-Maritime, Normandie

À propos de ce lieu

Dans le parc du château de Filières, dissimulé sous les rhododendrons et l'herbe haute, subsiste le soubassement bétonné d'une rampe de lancement de V1. Les Allemands l'avaient construite en 1943 à quelques mètres du château, dans le Pays de Caux, en plein couloir de tir vers Londres. Elle ne fut jamais utilisée. Les Alliés l'avaient repérée, la progression des forces libératrices avait contraint les techniciens à partir sans tirer un seul missile. Le château avait été épargné. La rampe est restée. Le château n'a jamais été vendu depuis l'acquisition des fiefs du Bas en 1467 par Jehan de Filières. Cinq cent cinquante-sept ans de transmission par héritage, par mariage, par succession, jamais par vente. Sous dix générations de familles différentes, le domaine a gardé sa continuité de propriété avec une constance qui défie les guerres, les révolutions et les successions improbables. Jehan de Filières achète les fiefs du Bas en 1467 et fait probablement édifier une grande maison entourée de douves. Le château précédent avait été détruit pendant la guerre de Cent Ans. En 1564, le domaine passe à Adrien de Filières. Vers 1591, le château est brûlé par le marquis de Villars, gouverneur du Havre, qui tenait le parti de la Ligue. Le gouverneur brûle le château de son propre camp, l'une de ces violences civiles des guerres de Religion qui frappent sans logique militaire apparente. Un nouveau château de style Henri IV est construit vers 1599 par Catherine Le Canu, nièce d'Adrien de Filières. Une femme reconstruit ce que les hommes ont détruit. Au XVIIIe siècle, Louise-Catherine Chardon de Filières et son fils Alexandre, marquis de Mirville, décident d'abattre le château du moment pour édifier une demeure en pierre blanche sur des plans attribués à Victor Louis, le même architecte qui venait de terminer le Grand Théâtre de Bordeaux. La façade qui surgit vers 1780 est d'une rigueur néoclassique encadrée par deux ailes basses, surmontée d'un fronton sculpté où deux blasons sont flanqués de licornes, de bombardes et des insignes de l'Ordre de Saint-Louis. Dans la bibliothèque du château reposent les œuvres complètes du marquis de Mirville, Jules-Eudes, né ici en 1802, qui consacra sa vie entière à l'étude des phénomènes occultes, du spiritisme et de la thaumaturgie. Ses travaux sur le spiritisme et la thaumaturgie publiés au XIXe siècle restent une référence en matière de recherche sur les sciences occultes. Un châtelain normand qui dialoguait avec les esprits dans la bibliothèque de son château. Le grand salon possède des dessus-de-portes symbolisant les quatre arts et attribués à Ingres père, Jean-Marie-Joseph Ingres, peintre toulousain et père du célèbre portraitiste. Dans le parc, une longue allée de hêtres centenaires s'appelle la Cathédrale. La rampe de V1 attend sous les rhododendrons. Et les livres du marquis de Mirville attendent dans la bibliothèque, comme si les esprits n'étaient jamais vraiment partis.

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Informations pratiques

Localisation

76430 Gommerville