
Château
Château de Gratot
Manche, Normandie
À propos de ce lieu
À Gratot, l’eau entoure encore les ruines comme si elle gardait quelque chose. Derrière les douves se dressent des murs ouverts sur le ciel, une tour ronde et surtout une étrange construction dont la silhouette ne ressemble à aucune autre. On l’appelle la tour à la Fée. Car depuis des siècles, une histoire raconte qu’une femme surnaturelle aurait vécu ici… avant de disparaître à jamais.
Le domaine est ancien. Des seigneurs de Gratot sont mentionnés dès le Moyen Âge et, en 1204, lorsque Philippe Auguste conquiert la Normandie, Richard de Creully perd ses terres après avoir soutenu Jean sans Terre, roi d’Angleterre.
Mais le destin du château bascule au XIIIe siècle.
En 1251, Jeanne de Gratot épouse Guillaume d’Argouges. Le domaine entre dans cette puissante famille normande qui va le conserver pendant près de cinq siècles. Gratot se transforme alors génération après génération. Les constructions médiévales sont agrandies, remaniées, adaptées. Deux anciennes tours subsistent encore, tandis qu’au XVe siècle s’élèvent notamment le logis seigneurial et l’étrange tour octogonale.
C’est autour d’elle que naît la légende.
Un seigneur d’Argouges serait un jour revenu de la chasse lorsqu’il aperçut, près d’une source, une jeune femme d’une beauté extraordinaire. Elle s’appelait Andaine. Le seigneur en tomba amoureux et lui demanda de l’épouser.
Elle accepta à une seule condition.
Jamais il ne devait prononcer devant elle le mot « mort ».
Les années passèrent. Puis, lors d’un banquet, le seigneur impatient attendit trop longtemps son épouse. Dans un accès de colère, il prononça le mot interdit. Andaine poussa un cri, gagna une fenêtre de la tour et disparut. La tradition raconte qu’elle laissa derrière elle l’empreinte de sa main.
Pendant ce temps, le château poursuit son histoire bien réelle. Au XVIIe siècle, les anciennes constructions sont réunies par un nouveau corps de logis. Au XVIIIe siècle, Gratot devient le siège d’un marquisat et reçoit encore un pavillon.
Puis tout s’effondre lentement.
Après le départ des d’Argouges, les propriétaires se succèdent. Au XIXe siècle, le château n’est presque plus entretenu. Le lierre gagne les murs. Les planchers disparaissent. Au début du XXe siècle, Gratot est abandonné.
Il aurait pu mourir ainsi.
Mais en 1968 commence un immense chantier de bénévoles. Pendant des années, les ruines sont dégagées, consolidées et rendues à nouveau accessibles.
Aujourd’hui, les douves sont toujours alimentées par une source portant un nom étrange : la Fontaine à la Fée.
Et lorsque le soir tombe derrière la tour d’Andaine, la légende paraît soudain moins lointaine.
Gratot n’a jamais vraiment oublié celle qui aurait disparu entre ses murs.
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