
Château
Château de Logempré Pont-Saint-Pierre
Eure, Normandie
À propos de ce lieu
Les habitants de Pont-Saint-Pierre ont fini par changer le nom de leur château. Ils ont cessé de l'appeler Logempré, son nom d'origine, celui de la baronnie, pour lui donner le nom de la femme qui y avait vécu. Le château de Gabrielle. Gabrielle d'Estrées, maîtresse d'Henri IV, la Belle Gabrielle, séjourna ici pendant le siège de Rouen, au cœur des guerres de Religion qui déchiraient la Normandie. Henri IV lui-même vint trois fois à Pont-Saint-Pierre, la première en août 1589 pour y recevoir la reddition de Pont-de-l'Arche. La petite histoire a fait le reste. Le nom tint assez longtemps pour survivre dans la mémoire locale.
La baronnie de Pont-Saint-Pierre est la première baronnie normande. Sa forteresse s'élève à l'époque de Guillaume le Conquérant, au point précis où l'Andelle devient navigable, entre Rouen et les collines du Vexin. Tenir ce passage, c'est tenir la route des convois de bois et de pierre qui descendent vers la Seine. Les barons de Pont-Saint-Pierre comprennent très vite la valeur de leur position. L'Andelle fait une île naturelle de leur domaine, la rivière d'un côté, son canal de dérivation de l'autre, le château au milieu, les pieds dans l'eau.
Pendant la guerre de Cent Ans, le château est délibérément détruit pour ralentir l'avancée anglaise. Charles V accorde vingt mille livres-or pour le reconstruire. En 1418, Henri V d'Angleterre s'en empare malgré tout pendant sa conquête de la Normandie. Les Anglais tiennent Pont-Saint-Pierre jusqu'à la reconquête française, puis le château brûle à nouveau, pour la troisième fois en moins d'un siècle. Les Roncherolles le relèvent entre 1490 et 1510. Deux grosses tours d'entrée, des tourelles en encorbellement, les derniers souffles du gothique flamboyant normand. Un aveu de 1600 le décrit encore comme chasteau de pierre à pont-levis, couvert d'ardoise. Dans le sol de la chapelle intérieure, des carreaux de terre cuite du Pré d'Auge, production du XVe siècle, rarissime en place, sont encore visibles.
Les Roncherolles tiennent le château presque trois siècles. En 1778, il passe à Antoine Caillot de Coqueromont, président en la Cour des Comptes de Normandie, qui embellit les intérieurs et ajoute le grand escalier du XVIIIe siècle dont les proportions dominent encore le corps central. La Révolution, les héritages, les transmissions successives fragilisent l'ensemble. En 1946, une équipe de cinéma installe ses caméras dans les salons pour tourner quelques scènes d'un film. Le château est en déclin, mais debout.
En 2025, le Loto du Patrimoine retient le château de Logempré parmi ses projets. La restauration commence.
L'Andelle court toujours de chaque côté, faisant de ce château ce qu'il a toujours été, une île dans une île, blanche dans le vert, au fond d'une vallée normande que le temps a préservée malgré tout.
Tags
châteaufondation patrimoineruines


