
Site naturel
Cirque de Navacelles
Hérault, Occitanie
À propos de ce lieu
Depuis le belvédère, on comprend en un seul regard ce que les mots ne transmettent pas : il y a 300 mètres de vide entre les pieds et la rivière, et au fond de ce vide, un hameau de quelques maisons.
La Vis a mis des millions d'années pour creuser les Causses. Puis elle a formé un méandre — une boucle presque parfaite dans le calcaire jurassique — et elle l'a rempli peu à peu de tufs, ces dépôts carbonatés que les plantes aquatiques et les mousses fabriquent en précipitant le calcium dissous. Le remplissage a exhaussé le lit de la rivière centimètre par centimètre, jusqu'au moment où l'eau a débordé la base étroite du méandre et trouvé un chemin plus court. Il y a six mille ans, le recoupement s'est produit. La boucle est devenue îlot, l'îlot est devenu cirque. La cascade qui tombe aujourd'hui au cœur du site marque exactement cet endroit — le point où la Vis a changé d'avis.
La première mention du lieu date de 1005 : Nova Cella, une cellule monastique. Des moines d'abord, puis des paysans qui ont compris que ce fond de cirque protégé du vent offrait ce que le causse aride ne pouvait pas donner : de l'eau, de la terre, de l'ombre. En 1643, vingt-six propriétaires vivent à Navacelles — seize portent le nom de Jourdan. En 1845, on recense deux moulins, six trufficulteurs, deux couturières, un coiffeur. Une vie entière organisée au fond d'un trou de trois cents mètres.
Mais la Vis garde ses mystères. Elle disparaît. En amont, elle s'enfonce sous terre sur plusieurs kilomètres avant de rejaillir en résurgence à la Foux. Et parfois elle s'arrête entièrement. Les habitants conservent le souvenir de ces arrêts : vingt-quatre heures en 1890, deux heures en 1922, huit heures en 1927, six heures en 1961. La rivière coule, puis ne coule plus, puis reprend. Personne ne sait très bien pourquoi.
Au fond du cirque, un rocher solitaire dresse une colline au milieu de la prairie de l'ancien méandre. Les locaux l'appellent l'huître. Le sculpteur Paul Dardé, qui avait l'habitude des proportions, est venu ici et a dit : "On pourrait y cacher la Tour Eiffel."
Les vautours planent. Le causse brûle au soleil. Et en bas, à trois cents mètres, la Vis continue son travail.
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