Citadelle de Port-Louis
Site maritime

Citadelle de Port-Louis

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

Sur une pointe rocheuse battue par les vents, à l'entrée exacte de la rade de Lorient, une forteresse ferme le chenal comme un verrou. La citadelle de Port-Louis n'a jamais été un ornement. Elle a toujours été une arme. Tout commence avec une trahison politique. En 1590, le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, refuse de reconnaître Henri IV, un protestant, comme roi de France. Il appelle Philippe II d'Espagne à la rescousse. Trois mille soldats espagnols débarquent à Blavet, ce village breton sans grand relief qui deviendra Port-Louis. Don Juan del Aguila prend la ville. Son ingénieur, Cristóbal de Rojas, le même qui fortifie Cadix et Roscanvel face à Brest, commence à creuser les fondations d'un fort bastionné dès décembre 1590. Il l'appelle le Fuerte del Águila, le Fort de l'Aigle. Les bastions ont des orillons arrondis, des flancs casematés : une technologie militaire espagnole de pointe, plantée au cœur de la Bretagne. Les Espagnols tiennent la place huit ans. En 1598, le traité de Vervins les chasse. Les États de Bretagne réclament la démolition totale. On détruit. Mais pas tout. Louis XIII reconsidère. La position est trop précieuse, à l'embouchure de la rade, elle contrôle l'accès à tout l'arrière-pays maritime. En 1616, il décide de reconstruire. Le fort est rebaptisé Saint-Louis, puis la ville entière prend le nom de Port-Louis en 1618. L'architecte Jacques Corbineau reprend les travaux. Vauban passe en 1683, grince, critique les bastions trop aigus, mais reconnaît que la situation géographique compense tout : une bonne place, dit-il, malgré ses défauts. La citadelle ne sert pas seulement à la guerre. Elle emprisonne aussi. Des prêtres réfractaires pendant la Révolution. Des conscrits récalcitrants sous l'Empire. Louis-Napoléon Bonaparte en 1836, après son coup d'État raté de Strasbourg. Des communards après 1871. Les murs ont une mémoire longue. La Compagnie des Indes s'installe à partir de 1664 dans la rade, au fond du chenal que la citadelle surveille. Les entrepôts, les vaisseaux chargés de porcelaines et d'épices de Chine, la fortune coloniale française, tout passe sous les canons de ces remparts. La ville de Lorient naît de ce mouvement, en aval, en 1666. Puis vient la nuit la plus sombre. En juin 1940, les Allemands occupent la forteresse et l'intègrent à la Festung Lorient. Ils y installent une prison. Entre mai et juillet 1944, soixante-neuf résistants bretons, la plupart avaient entre dix-huit et vingt-cinq ans, sont fusillés à cinq heures du matin dans l'ancien stand de tir, mains et pieds liés par du fil de fer, yeux bandés. Avant de partir, les Allemands dynamitent le stand pour effacer les traces. Le charnier est découvert le 18 mai 1945, dix jours après la capitulation. Les remparts sont là, intacts, face à Groix et à la mer ouverte. Ils ont vu passer quatre siècles de l'histoire de France. Ils n'ont rien oublié.

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Informations pratiques

Localisation

Av. du Fort de l'Aigle, 56290 Port-Louis