
Site maritimeCoup de cœur
Port de Gwin Zégal
Côtes-d'Armor, Bretagne
Petit port aux amarres traditionnelles
À propos de ce lieu
Les bateaux ne s'amarrent pas à des bouées. Ils s'amarrent à des arbres. Une trentaine de troncs de huit à dix mètres, plantés dans le sable marin avec leurs racines et maintenés par des pierres, surgissent de l'eau dans la petite anse de Gwin Zégal comme une forêt engloutie qui aurait refusé de disparaître. C'est l'un des deux derniers ports à pieux de France. L'autre est en Finistère. Il n'en existe plus nulle part ailleurs en Europe.
Gwin Zégal signifie vin de seigle en breton. L'anse se creuse au pied des falaises de Plouha, les plus hautes de Bretagne, cent quatre mètres à pic sur la baie de Saint-Brieuc. Le mouillage sur pieux est un procédé qui remonte au moins au Moyen Âge, pratiqué jadis sur tout le littoral breton nord : à Porspoder, au Yaudet, dans l'estuaire du Léguer, à Tréguier, à Pordic. Partout il a disparu, absorbé par le béton, les pontons flottants, les corps-morts industriels. Ici, on continue. Depuis 1854 au moins, date des premières archives précises, les pêcheurs de Plouha plongent leurs arbres dans le fond de l'anse, les racines vers le bas, et ils y amarrent leurs barques avec des chaînes.
La technique est simple et ingénieuse. Le tronc tient par le poids combiné de ses racines et des pierres entassées à sa base. La chaîne court de pieu en pieu. Le bateau se glisse entre deux arbres parallèles, amarré à l'avant et à l'arrière, immobilisé quelle que soit la marée. À marée basse, la forêt se révèle entièrement, les troncs couverts d'algues noires jusqu'à la laisse des hautes eaux. À marée haute, seuls les sommets émergent et les bateaux semblent flotter parmi les branches.
L'endroit est blotti dans son creux de falaise comme s'il s'y était réfugié. On y accède par un sentier qui dégringole depuis le plateau agricole, ou depuis le GR34 qui court sur la corniche. Tout le reste de ce bout de Bretagne porte les traces d'autres formes de discrétion. À quelques kilomètres au nord, la plage Bonaparte, l'anse Cochat, rebaptisée sous l'Occupation, a vu partir dans la nuit, entre janvier et août 1944, cent trente-cinq aviateurs alliés abattus en territoire occupé. Des agents québécois du MI9 britannique les faisaient passer par cette côte inaccessible, regroupés dans la ferme d'une famille de Plouha, conduits de nuit sur la grève, embarqués sur des embarcations légères jusqu'à une corvette de la Royal Navy qui les attendait au large. Pas une opération ne fut découverte. Pas un homme du réseau ne fut pris.
Gwin Zégal ignore tout cela. Il continue d'exister dans son présent millénaire, une forêt d'arbres dans la mer, une poignée de barques, le bruit des chaînes sur le granit.
Certains lieux résistent simplement parce que personne n'est venu les changer.
Tags
maritimeportnature
Informations pratiques
Localisation
Gwin Zegal 22580 Plouha
Horaires
24h/24
Tarifs
Gratuit
Exploré le
14 octobre 2025


