Collégiale Notre-Dame d'Eu
Lieu religieux

Collégiale Notre-Dame d'Eu

Seine-Maritime, Normandie

À propos de ce lieu

Viollet-le-Duc, qui avait restauré Notre-Dame de Paris, Carcassonne et Pierrefonds, qui avait vu les plus grandes cathédrales de France et d'Europe, s'arrêta devant cette collégiale normande et dit : J'ai vu plus grand, j'ai vu plus haut, mais je n'ai jamais vu plus beau. Ce jugement d'un homme qui savait ce que beau voulait dire mérite qu'on s'y attarde. Tout commence par un mort. Laurent O'Toole, archevêque de Dublin, venu plaider la cause de son peuple auprès d'Henri II d'Angleterre en Normandie, tombe malade en route et meurt à Eu en 1180. Il n'avait pas prévu d'y mourir. La ville non plus n'avait pas prévu de devenir un lieu de pèlerinage. Mais le légat du pape, connu pour sa sainteté et son rôle de pacificateur entre l'Irlande et l'Angleterre, est inhumé dans la petite église de l'abbaye Sainte-Marie. Les miracles commencent. Les pèlerins arrivent. Il est canonisé en 1225. Pour accueillir les flots de pèlerins, une grande église est construite de 1186 à 1240, adossée à l'abbaye des chanoines de Saint-Victor. Elle s'élève sur quatre-vingts mètres de longueur, vingt et un mètres de hauteur sous voûte, proportions d'une cathédrale, programme d'une abbatiale. Le style est ogival pur, d'une cohérence exceptionnelle pour un chantier d'un demi-siècle, sans les ruptures stylistiques qui trahissent ordinairement les constructions longues. L'abside polygonale, entourée de sept chapelles rayonnantes, reçoit la lumière du matin avec une précision calculée. Dans la crypte de la fin du XIIe siècle, longue de trente et un mètres, reposent les gisants des comtes d'Eu, dont quatre comptent parmi les plus belles œuvres de la sculpture française de la fin du XIVe siècle et du milieu du XVe siècle. Le gisant de saint Laurent O'Toole est l'un des plus anciens de toute la région. Ces pierres couchées racontent dix siècles de pouvoir local, des comtes qui ont tenu cette frontière entre Normandie et Picardie, qui ont combattu pour les rois d'Angleterre et de France, qui ont fini sous dalle dans leur propre collégiale. La collégiale subit les incendies de 1426 et 1475 qui touchent la ville d'Eu, deux catastrophes en cinquante ans, qui obligent à des reprises et des reconstructions partielles, lisibles dans les maçonneries si on sait les regarder. La Révolution détruit les bâtiments monastiques attenants. L'église seule subsiste. Elle est classée monument historique en 1840, l'une des premières listes en France. La Mise au tombeau du XVIe siècle est l'une des plus belles de Normandie et l'une des rares en France à avoir conservé son emplacement d'origine dans la chapelle du Sépulcre. Un archevêque irlandais est mort ici par accident. Et les bâtisseurs ont répondu à sa mort par l'une des plus belles nefs de Normandie.

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Informations pratiques

Localisation

4 Pl. Guillaume le Conquérant, 76260 Eu