
Site naturel
Dune du Pilat
Gironde, Nouvelle-Aquitaine
À propos de ce lieu
La dune du Pilat avance. Pas d'un mouvement imperceptible réservé aux géologues — d'un à cinq mètres par an vers l'est, et parfois davantage. En 2022, trois tempêtes hivernales successives lui ont fait franchir six mètres d'un coup. Derrière elle, sur son flanc forestier, on voit encore les cimes des pins qui résistent quelques semaines avant d'être avalés.
C'est la plus haute dune d'Europe — cent quatre mètres au-dessus du bassin d'Arcachon — mais ce qui se cache à l'intérieur dépasse le spectacle du sommet. La face ouest, celle qui donne sur l'océan, est un livre ouvert. En hiver, quand le vent a gratté les couches superficielles, des bandes noires apparaissent dans la coupe de sable : ce sont des paléosols, des forêts entières fossilisées sous le poids des siècles. Quatre niveaux successifs. Le plus ancien remonte à quatre mille ans avant notre ère. La dune n'est pas une montagne de sable : c'est un empilement de disparitions.
La première de ces forêts portait des pins sylvestres, des chênes et des noisetiers — une végétation de plaine froide dont les souches émergent encore certains hivers à la base de la paroi. Vers 600 avant notre ère, des hommes s'y installaient et exploitaient le sel marin sur ce rivage. En 2013, un touriste trouva dans le sable, au pied de la dune, une urne funéraire en céramique datant de l'âge du Fer : à l'intérieur, des ossements calcinés, les restes d'un adulte incinéré il y a près de vingt-huit siècles. Les tempêtes l'avaient simplement ressortie de là où elle dormait. À mi-hauteur, le troisième paléosol est surnommé le « sol à débris de cuisine » — on y trouve des amas de coquilles d'huîtres, de palourdes et de pétoncles, des pièces de monnaie des XVIe et XVIIe siècles, les restes d'un monde quotidien que le sable a recouvert sans préavis.
Au début du XIXe siècle, Napoléon Bonaparte signe un décret pour fixer le littoral : des semis de pins maritimes stabilisent la dune, qui prend le nom de « dune de la Grave » et dort sous sa forêt. Cette paix dure à peine cinquante ans. Vers 1860, l'érosion marine attaque le pied, la végétation disparaît, et le sable repart. En moins de soixante ans, vingt millions de mètres cubes se déplacent vers l'est. Les pins centenaires que Napoléon avait fait planter sont avalés à leur tour. Un observateur note en 1887 : la dune engloutit des forêts entières de pins hauts de quinze mètres.
Aujourd'hui, sur le versant est, la forêt recule encore. Les arbres n'opposent aucune résistance — ils se contentent de disparaître, les racines d'abord, puis le tronc, puis la cime. La dune ne s'arrête pas. Elle enregistre tout, efface tout, et avance.
Tags
naturedunepaysage

