
Lieu religieux
Église Sainte-Catherine de Honfleur
Calvados, Normandie
À propos de ce lieu
Le clocher se dresse à l'écart de l'église. Pas par hasard ni par manque de place, par calcul. Si la foudre frappe la tour et déclenche un incendie, les flammes ne doivent pas atteindre le sanctuaire. Car Sainte-Catherine brûlerait comme un navire. Elle est construite en bois.
En 1419, les troupes du duc de Salisbury détruisent l'église de pierre qui se trouvait là depuis le XIIe siècle. Les Anglais occupent Honfleur jusqu'en 1450. Quand ils partent enfin, la ville se retrouve libérée mais épuisée, sans argent, sans maçons. Ce qu'elle a en revanche, ce sont des charpentiers. Des constructeurs de navires. Des hommes qui savent travailler le chêne comme personne, qui connaissent ses contraintes, ses résistances, ses possibilités.
Vers 1460, ils bâtissent une nef. Ils font ce qu'ils savent faire : ils construisent une coque. Retournée. Les courbes de la charpente, la façon dont les bois s'arrondissent vers le faîtage, la disposition des membrures, tout évoque l'intérieur d'un vaisseau qu'on aurait posé sur ses ponts. Le bois vient de la forêt de Touques, à quelques lieues. Les artisans que l'on appellera plus tard maîtres de hache travaillent sans scie, à la hache et au merlin, selon les techniques ancestrales de la charpente normande.
Quarante ans plus tard, une deuxième nef est ajoutée à droite de la première. L'affluence des paroissiens a grandi avec la ville. La seconde voûte est légèrement différente, plus arrondie. Deux vaisseaux parallèles, sur le modèle d'une halle de marché, sans transept, sans bas-côtés profonds. Une architecture qui ne ressemble à rien d'autre dans le paysage religieux français. Les deux nefs réunies forment la plus grande église en bois de France.
Le clocher est construit à bonne distance, sur la maison du sonneur. Une robuste construction de chêne, couverte d'ardoises. En 1718, des béquilles sont posées pour soutenir l'édifice qui menace de s'effondrer, elles sont toujours visibles. À l'intérieur du clocher, une roue de charrette d'époque guide encore les cloches.
L'église abrite un orgue Parizot installé en 1765, buffet en chêne sculpté de motifs rococo, quatorzejeux, l'un des rares instruments survivants de ces facteurs normands du XVIIIe siècle. On y voit aussi un Portement de Croix d'Erasmus Quellinus II, peintre anversois du cercle de Rubens. Et des ex-voto marins, suspendus aux piliers comme autant de prières adressées à la mer.
Boudin a peint la place Sainte-Catherine. Jongkind aussi. Le marché s'y tient depuis des siècles.
L'église sent le bois et le temps mêlés. Lever les yeux vers la charpente, c'est comprendre d'un seul coup comment Honfleur a traversé l'histoire.
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