Forêt d'Écouves
Site naturel

Forêt d'Écouves

Orne, Normandie

À propos de ce lieu

En 1667, la forêt d'Écouves est couronnée de trois cent cinquante bornes de granite, matérialisant les limites du domaine royal. Trois cent cinquante blocs de pierre fichés dans le sol sur tout le périmètre du massif, une clôture invisible mais absolue, posée sur ordre de Colbert lors de la grande réformation des eaux et forêts du royaume. Ces bornes sont toujours là, enfouies dans la mousse et les racines, oubliées sous des siècles de litière. Elles délimitent encore une forêt que Louis XIV voulait garder pour lui seul. Le massif forestier d'Écouves coiffe les derniers contreforts orientaux du Massif armoricain, à la limite du Bassin parisien, et abrite le point culminant de la Normandie à quatre cent treize mètres d'altitude. Quatre cent treize mètres, une hauteur qui ne ressemble à rien en Bretagne ou dans le Cotentin, mais qui fait d'Écouves quelque chose d'étrange pour la Normandie : une forêt de montagne, avec ses pentes brusques, ses vallons encaissés, ses torrents et ses pierriers de grès roux qui affleurent entre les chênes sessiles. Le socle géologique est précambrien et primaire, à l'origine de sols acides pauvres en éléments nutritifs. La roche a cinq cents millions d'années. Les arbres, quelques siècles au plus. Il y a une disproportion entre ce qui est en dessous et ce qui pousse au-dessus. À l'époque celtique, la forêt n'est sans doute qu'une partie d'un massif plus vaste comprenant les forêts de Bellême, de Réno-Valdieu et de Bourse. Des haches de pierre polie, des outils en bronze, des perçoirs et des grattoirs ont été trouvés en différents points du massif, traces d'une occupation humaine qui remonte au Néolithique. Les premières traces de défrichement n'apparaissent qu'à partir du XVe siècle, ce qui signifie que pendant six mille ans, cette forêt a simplement existé, sans que les hommes aient véritablement mordu dedans. La forêt d'Écouves devient forêt royale au début du XIIIe siècle. Les rois de France y chassent. Les ducs d'Alençon y chassent. Les grandes ordonnances forestières en rationalisent l'exploitation, bois de marine, bois de chauffe, bois de construction. En 1774, elle devient propriété du comte de Provence, le futur Louis XVIII, qui fait ouvrir de nombreuses routes pour faciliter les chasses. Ces routes forestières sont encore les axes principaux du massif. On roule sur les tracés d'un prince qui ne reverra jamais cette forêt depuis son exil. Huit mille deux cents hectares s'étendent au nord d'Alençon, entre Carrouges à l'ouest et Sées à l'est. Chênes sessiles, hêtres, épicéas, pins sylvestres selon les versants. Le cerf et le sanglier. Les milans et les éperviers dans les clairières. Depuis le signal d'Écouves par temps clair, on voit la mer. Cinq cents millions d'années de granit sous les pieds, et l'horizon de la Manche au loin.

Tags

forêtnaturerandonnéemégalitheseconde guerre mondiale

Informations pratiques

Localisation

61250 Écouves