Forêt de Brocéliande
Site naturel

Forêt de Brocéliande

Ille-et-Vilaine, Bretagne

À propos de ce lieu

Chrétien de Troyes n'a probablement jamais mis les pieds dans cette forêt. En 1177, dans Le Chevalier au Lion, il invente le nom Brocéliande pour une forêt bretonne dont les bardes gallois lui ont parlé, un lieu de merveilles, de fontaines magiques et de combats improbables. Il crée un nom sur un territoire qu'il imagine. Et ce nom, sept siècles plus tard, finit par s'imposer à la vraie forêt. La légende a précédé la réalité. La forêt de Paimpont s'étend sur neuf mille hectares entre Ille-et-Vilaine et Morbihan, à trente kilomètres au sud-ouest de Rennes. Elle s'appelait Brécilien, Brécheliant, Brecélien, formes successives d'un toponyme qui dérive du breton. Le nom arthurien de Brocéliande ne s'y installe définitivement qu'au XIXe siècle, porté par des érudits romantiques cherchant à ancrer dans le paysage réel les récits de la Table Ronde. Théodore de La Villemarqué redécouvre en 1839 la fontaine de Barenton, source où les chevaliers versaient de l'eau sur un perron de pierre pour déclencher la tempête. Le mythe trouve enfin sa géographie. Sous le mythe, la forêt est très ancienne. Ses crêtes de schiste rouge portent une cinquantaine de sites mégalithiques, tumulus, menhirs, allées couvertes, coffres funéraires. Le tombeau de Merlin n'est pas la tombe de Merlin mais une allée couverte néolithique détruite en 1894 par des fouilleurs clandestins. Il n'en reste que deux dalles de schiste rouge dressées. Des pèlerins viennent y attacher des rubans, y déposer des pierres, comme si la légende avait digéré l'archéologie. Le Val sans Retour est un vallon de schiste rouge aux parois abruptes où Morgane enfermait les chevaliers infidèles. La roche est véritablement rouge, pigmentée par l'oxyde de fer du sous-sol armoricain. Cette couleur de sang ou de braise n'est pas une métaphore. Elle était là avant les légendes. En septembre 1990, un incendie détruit sept cents hectares de landes et de bois. Cinq pompiers sont grièvement brûlés. L'année suivante, des milliers de bénévoles replantent cinq cent mille arbres. Pour marquer le renouveau, le sculpteur François Davin recouvre un arbre calciné de cinq mille feuilles d'or, l'Arbre d'Or, entouré de cinq chênes noircis. La forêt légendaire absorbe même ses propres cicatrices et les transforme en mythe. En août 2022, un nouvel incendie brûle six cents hectares entre Campénéac et Tréhorenteuc. Les journaux du monde entier en parlent. Brocéliande brûle. Pas la forêt de Paimpont, Brocéliande. Le nom a définitivement pris. Un chêne de Concoret, le Chêne à Guillotin, a neuf cent soixante-cinq ans. L'abbé Guillotin y aurait trouvé refuge au XVIIIe siècle dans le creux de son tronc. Sa circonférence atteint presque dix mètres. La forêt n'appartient à personne. Ni aux Celtes, ni aux chevaliers, ni aux touristes. Peut-être aux arbres.

Tags

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Informations pratiques

Localisation

35380 Paimpont