
Site naturel
Forêt de Fontainebleau
Seine-et-Marne, Île-de-France
À propos de ce lieu
Sous les chaos de grès de Fontainebleau, dans des abris sous roche que les promeneurs longent sans les voir, des hommes de Cro-Magnon ont gravé des chevaux il y a vingt mille ans. Plus de deux mille cavités ornées parsèment le massif, l'un des plus grands ensembles d'art rupestre préhistorique d'Europe continentale, dont la plupart attendent encore d'être étudiés. Les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique y ont laissé des milliers de signes géométriques il y a huit à dix mille ans. Des anthropomorphes coiffés de plumes du Néolithique. Un chevalier médiéval gravé dans la roche. Des strates de présence humaine superposées dans le grès, à trente kilomètres de Paris.
Le paysage lui-même est une surprise. Le sol de Fontainebleau contient jusqu'à quatre-vingt-dix-huit pour cent de sable, les grains de quartz d'une ancienne mer oligocène, cimentés par du gel de silice en blocs de grès, puis fracturés et glissés sur les pentes sableuses pour former ces chaos de rochers aux formes improbables. Il n'existe aucune source naturelle dans la quasi-totalité du massif. La forêt pousse sur un désert de sable sous les chênes.
En 1842, Claude-François Denecourt, ancien sergent de la Grande Armée reconverti en amoureux des bois, commence à dessiner des sentiers dans cette forêt que nul ne fréquente, jugée inhospitalière. Il a cinquante ans. Il ouvre des tunnels, dégage des grottes, balise des chemins bleus qui portent encore son nom. Il invente presque de toutes pièces le tourisme de randonnée en France.
Dans les mêmes années arrivent les peintres. Corot d'abord, dès 1822. Puis Millet, Rousseau, Diaz, toute l'école de Barbizon s'installe au bord du massif et plante ses chevalets dans les gorges et sur les platières de grès. Ils traitent les rochers comme des montagnes, les forêts comme des cathédrales. Quand les forestiers commencent à abattre les vieux arbres autour de Barbizon, les peintres protestent avec une telle énergie que Napoléon III décrète en 1861 la création de "séries artistiques", mille hectares soustraits à l'exploitation. C'est la première mesure de protection de la nature jamais instituée au monde, née de la colère d'artistes.
Les alpinistes arrivent un demi-siècle plus tard. Ils cherchent à s'entraîner pour l'Himalaya. Ils trouvent dans les blocs de grès une résistance, une variété et une technicité incomparables. Pierre Allain invente les chaussons d'escalade ici en 1935. La résine adhésive, le "pof",y est adoptée dès 1932. Fontainebleau devient le laboratoire mondial de l'escalade de bloc, avec deux cents circuits balisés par couleur de difficulté depuis 1947.
Certaines zones du massif n'ont subi aucune coupe rase depuis 1372.
La forêt est là, avec ses grottes, ses grès, son sable et ses vingt mille ans de présence humaine dans la roche.
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