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Fort de la Hougue (Vauban)
Manche, Normandie
À propos de ce lieu
À l’extrémité de la presqu’île de la Hougue, une tour massive surveille toujours la baie de Saint-Vaast. Ses murs de granit semblent avoir été posés là pour défier la Manche. Pourtant, cette forteresse n’est pas née d’une victoire française. Elle est la conséquence directe d’un désastre naval qui, en 1692, transforma cette côte normande en immense champ de bataille.
Louis XIV est alors en guerre contre une coalition européenne. La France soutient le roi catholique Jacques II, chassé du trône d’Angleterre, et prépare son retour outre-Manche. Une flotte commandée par l’amiral de Tourville doit protéger l’opération.
Mais en mai 1692, au large du Cotentin, les Français rencontrent une flotte anglo-hollandaise largement supérieure en nombre.
La bataille de Barfleur commence.
Tourville résiste pendant des heures avant d’ordonner la retraite. Plusieurs navires français endommagés cherchent refuge autour de Saint-Vaast-la-Hougue et de l’île de Tatihou. Ils pensent y trouver une protection.
Ils viennent en réalité de tomber dans un piège.
Les 2 et 3 juin 1692, des embarcations anglaises pénètrent dans la baie. Les Français tentent de défendre leurs vaisseaux échoués, mais plusieurs sont incendiés sous les yeux des hommes massés sur le rivage. Au total, quinze navires français sont détruits à Cherbourg et à la Hougue.
Le choc est immense.
La baie vient de révéler sa faiblesse.
Dès 1694, Vauban reçoit la mission d’organiser sa défense. Son ingénieur Benjamin de Combes dirige les travaux. Deux tours doivent verrouiller l’accès : l’une sur l’île de Tatihou, l’autre sur la presqu’île de la Hougue.
Face à face, elles deviennent les sentinelles de Saint-Vaast.
La tour de la Hougue s’élève à une vingtaine de mètres. Sa forme tronconique, ses murs épais et sa plateforme d’artillerie sont conçus pour résister aux tirs ennemis et surveiller les approches maritimes. Autour d’elle se développent enceinte, bastions et bâtiments militaires. Désormais, un navire voulant pénétrer dans la baie peut être pris sous des tirs croisés venus des deux rives.
La fortification évolue encore aux siècles suivants. Casernes, magasins et batteries renforcent progressivement cette position stratégique, utilisée par l’armée jusqu’à l’époque contemporaine.
Mais le souvenir de 1692 ne disparaît jamais vraiment.
En 2008, les tours-observatoires de Tatihou et de la Hougue sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO avec onze autres ensembles constituant les fortifications majeures de Vauban.
Plus de trois siècles ont passé.
Depuis les remparts, Tatihou apparaît toujours de l’autre côté de l’eau. Deux tours se regardent encore à travers la baie, construites parce qu’un jour, ici même, la flotte de Louis XIV brûla devant la côte normande.
La Hougue est née d’une défaite.
Vauban en a fait une forteresse.
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