Golfe du Morbihan
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Golfe du Morbihan

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

Un dicton breton affirme que le golfe du Morbihan contient autant d'îles que l'année contient de jours. La légende précise que ces îles sont nées des couronnes de fleurs que des fées, chassées de Brocéliande, jetèrent dans leurs larmes. La réalité géologique est à peine moins poétique, ce sont les sommets de collines qui ont émergé d'une plaine submergée lorsque l'océan est revenu après la dernière glaciation. La petite mer, Mor bihan en breton, est l'une des rares étendues d'eau close en France. Cent trente kilomètres carrés de mer intérieure, séparés de l'Atlantique par un couloir d'un kilomètre entre Locmariaquer et Port-Navalo. Dans ce goulet passe toute la respiration du golfe, deux fois par jour, dans un sens puis dans l'autre : trois cent soixante-cinq millions de mètres cubes d'eau à chaque marée. Le courant de la Jument, entre deux îles privées, atteint neuf nœuds, deuxième courant le plus violent d'Europe, après le raz Blanchard en Manche. La marée n'arrive pas en même temps partout. À l'entrée, la pleine mer a lieu. Le fond du golfe, à Vannes, continue de se remplir une heure quarante-cinq encore. La petite mer a sa propre respiration, son propre retard sur l'océan, comme si elle hésitait à accepter ce qui arrive. Avant d'être une mer, c'était une terre. Il y a dix mille ans, le niveau de l'Atlantique était cent vingt mètres plus bas. Les rivières d'Auray, de Vannes et de Noyalo creusaient leurs vallées vers un océan lointain. Les collines d'aujourd'hui, celles qui forment les îles, dominaient les prairies de fond de golfe. Puis les glaces ont fondu. L'eau est montée. Les vallées se sont ennoyées. Les collines sont devenues des îles, et les hommes qui vivaient là ont dressé des pierres sur ces hauteurs qui rétrécissaient. Cinq cent cinquante mégalithes sont répertoriés dans le golfe, tombeaux, cromlechs, menhirs. Certains sont à moitié submergés, visibles seulement à basse mer, comme l'enceinte d'Er Lannic qui se découvre deux fois par jour avant de disparaître sous les eaux. Le golfe a donné son nom à un département. Il a aussi donné son nom à une roche, la morbihannite, gneiss kinzigitique à biotite, sillimanite et grenat, que l'on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre. Les sinagots naviguaient là depuis des siècles, ces bateaux de pêche ventrés aux voiles brunies, voile au tiers et misaine, taillés pour les courants serrés entre les îles. Ils ont presque disparu, puis ont été ressuscités par des passionnés. Les voir croiser entre les parcs à huîtres par temps calme, c'est comprendre que ce golfe a son propre espace-temps. Les fées, dit-on, sont revenues sous forme de bernaches cravantes. Chaque hiver, trente-cinq mille de ces oies noires hivernent dans la petite mer, trente pour cent de la population mondiale de l'espèce. Le goulet souffle. Les îles restent.

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