
Site naturel
Gorges de Galamus
Pyrénées-Orientales, Occitanie
À propos de ce lieu
L'Agly a mis dix millions d'années pour creuser ce passage. Les hommes ont mis quelques semaines à y tailler une route, suspendus à des cordes, à la barre à mine. En 1892, le tunnel final est percé et pour la première fois les gorges de Galamus deviennent franchissables sans risquer sa vie.
Avant cette date, on entrait dans les gorges par un sentier escarpé. On y entrait surtout pour l'ermitage. Depuis le XIVe siècle au moins, des hommes cherchant le silence et l'oubli du monde venaient s'installer dans les cavités naturelles de la falaise calcaire, à mi-hauteur entre la rivière et le ciel. Au XIVe siècle, un certain Limoux Nègre s'y réfugie et entreprend un jeûne de quarante jours. Il sera arrêté par l'Inquisition et condamné au bûcher — même le fond des gorges n'est pas assez loin. L'ermitage tient malgré tout. En 1782, une épidémie de suette décime les habitants de Saint-Paul-de-Fenouillet. Une procession est organisée jusqu'à la grotte. L'épidémie s'arrête. La grotte-chapelle est aménagée en église en 1910.
Dans cette chapelle, gravée dans la pierre, une inscription attire et déroute depuis des siècles : Sator Arepo Tenet Opera Rotas. Un carré magique palindrome — les cinq mots se lisent dans les quatre sens, horizontalement et verticalement. On en a retrouvé des exemples à Pompéi, en Angleterre romaine, en Cappadoce. Personne n'en a jamais percé le sens définitif. La présence de ce palindrome mystérieux dans ce sanctuaire perdu entre l'Aude et les Pyrénées-Orientales appartient à ces coïncidences qui ressemblent à des nécessités.
La géologie, elle, est parfaitement lisible. L'Agly naît au pied du pech de Bugarach, s'écoule vers l'est, et rencontre le chaînon calcaire du Fenouillèdes en travers de son chemin. Au lieu de le contourner, il l'a tranché. Cinq kilomètres de gorges, des parois décapées sur six cents mètres d'épaisseur par endroits, des marmites de géant creusées par les galets tournant dans leurs propres tourbillons, des terrasses rocheuses polies comme du métal. La route qui longe la paroi est si étroite que deux voitures ne peuvent pas se croiser — une circulation alternée est instaurée chaque été.
Les ermites se sont succédé jusqu'aux années 1950. Le dernier s'appelait Joseph Chiron. Il avait pris le nom de père Marie.
L'Agly coule toujours au fond. La pierre gravée attend toujours sa réponse.
Tags
naturegorgesparc naturel
Informations pratiques
Localisation
Saint-Antoine, 66220 Saint-Paul-de-Fenouillet

