
Site naturel
Gorges du Corong
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
À un endroit précis des gorges, la rivière disparaît. Le Follezou s'enfonce sous les blocs, continue son chemin invisible dans les entrailles du chaos, puis ressurgit plus loin en cascade, on entend l'eau sans la voir, sourd grondement sorti de nulle part. C'est là que la légende commence.
Le chaos du Corong est l'un des quatre grands chaos granitiques de Bretagne. Il se forme à la bordure ouest du massif de Quintin, là où une faille ancienne a fragilisé la roche et laissé l'eau s'infiltrer dans les diaclases depuis trois cents millions d'années. L'érosion travaille de l'intérieur, elle ronge les angles, arrondit les blocs, fait éclater ce que le gel dilate. Les rochers s'accumulent dans le lit du Follezou, affluent de l'Hyères, lui-même sous-affluent de l'Aulne. Ce que l'on voit aujourd'hui, ce sont les décombres d'une roche dont l'eau a progressivement évacué les débris les plus fins. Il reste les gros. Entassés. Certains atteignent plusieurs mètres.
Sur la crête boisée qui domine le site, un menhir à base entaillée est encore debout. Néolithique. Il était là avant que la forêt de Duault ne pousse, avant que le nom Corong existe, avant tout. À ses pieds, des charbonniers travaillaient encore au siècle dernier, on voit dans le bois du Plessis les emplacements circulaires où ils construisaient leurs meules de bois pour cuire le charbon à l'étouffée.
Pendant les guerres de la Révolution, les Chouans se cachent dans les gorges. Les blocs offrent des anfractuosités, des passages connus des seuls habitants de la région, des labyrinthes où une colonne militaire ne peut pas manœuvrer. Le chaos est une forteresse naturelle. Personne n'en ressort si le pays ne l'y aide pas.
La tradition orale, elle, raconte que tout cela est l'œuvre de Boudédé, le premier homme qui vécut en Bretagne, un géant qui traversait la forêt de Duault et dont les sabots s'emplissaient de cailloux. Il les vida dans la rivière. Le chaos du Corong naquit de ce geste d'agacement. La science nomme différemment le même fait. Les résultats convergent.
Aujourd'hui, un tiers de la population française de loutres vit en Armorique. Elles fréquentent le Follezou, glissent entre les blocs, remontent le courant là où il est encore visible. Cent cinquante espèces de mousses tapissent les pierres, vingt-quatre d'entre elles sont rarissimes. L'escargot de Quimper s'y est installé. À l'arrivée sur le site depuis les landes ouvertes de Locarn, le passage est brutal, de la lumière des bruyères et des ajoncs à l'obscurité moussue du canyon, en quelques pas.
La rivière disparaît. L'eau gronde quelque part dessous.
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