
Site naturel
Gouffre de Padirac
Lot, Nouvelle-Aquitaine
À propos de ce lieu
Au milieu du causse de Gramat, un trou s'ouvre dans la roche comme si la terre avait simplement décidé de se dérober. Trente-cinq mètres de diamètre. Soixante-quinze mètres de vide. Pendant des siècles, les paysans du Quercy y jetaient leurs bêtes mortes et se signaient en passant. Ils l'appelaient le Trou du Diable.
La légende disait autre chose encore. À la fin de la guerre de Cent Ans, des soldats anglais conduits par le Prince Noir auraient enfoui un trésor de guerre au fond de l'abîme, enveloppé dans une peau de veau. Les villageois le savaient. Ils le convoitaient. Mais personne n'osait descendre. La preuve que la légende avait pris la force d'une conviction : lorsque Édouard-Alfred Martel racheta les terres autour du gouffre en 1895 pour aménager le site, les propriétaires exigèrent qu'une clause soit inscrite dans l'acte de vente — si le trésor venait à être trouvé, ils en auraient leur part. Le contrat fut signé. Le trésor ne fut jamais découvert.
Martel, lui, avait trente ans en juillet 1889 quand il se suspendit à une échelle de corde de soixante-quinze mètres et descendit pour la première fois. Bougie en main, câble de chanvre, téléphone de campagne pour communiquer avec ses compagnons restés en surface. Au fond du puits, une galerie latérale s'ouvrait. Il s'y engagea. Une rivière souterraine coulait dans le noir, à cent trois mètres sous le plateau calcaire. Martel venait d'inventer la spéléologie moderne sans le savoir encore.
Les expéditions suivantes révèlent un monde que personne n'avait jamais imaginé. La Grande Pendeloque — stalactite suspendue de soixante mètres — se dresse au-dessus de la rivière comme une cathédrale inversée. La salle du Grand Dôme culmine à quatre-vingt-quatorze mètres sous voûte. Des gours, ces bassins naturels de calcite translucide, retiennent une eau immobile et noire. Martel ordonne l'arrêt des explorations après avoir atteint un lac où la rivière disparaît sous des galeries jugées impraticables. Il faudra trente-sept ans et une nouvelle génération pour reprendre le fil.
Depuis, les spéléologues ont cartographié plus de cinquante-huit kilomètres de galeries dans ce réseau qui respire sous le causse du Quercy. La rivière Plane, longue de vingt kilomètres, rejoint finalement la Dordogne à Montvalent — une coloration à la fluorescéine en 1947 l'a prouvé. Des ossements d'animaux et des silex taillés ont été retrouvés sur les berges souterraines. Soixante-dix espèces animales peuplent l'obscurité, dont un escargot microscopique que la science ne connaissait pas et qui porte désormais le nom du lieu.
Le visiteur d'aujourd'hui n'en voit qu'un kilomètre et demi. C'est suffisant pour comprendre que la terre cache sous ses champs les plus ordinaires des univers auxquels aucune légende n'aurait osé rêver.
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