Grande Chartreuse
Lieu religieux

Grande Chartreuse

Isère, Auvergne-Rhône-Alpes

À propos de ce lieu

Dans le massif de Chartreuse, à mille mètres d'altitude, bloqué au nord par le col de la Ruchère et au sud par les gorges du Guiers mort, un vallon encaissé domine de toutes parts. Inhabité. Inhabitable, presque. C'est là que Bruno de Cologne choisit de s'installer en juin 1084 avec six compagnons, guidé par l'évêque Hugues de Grenoble. Il ne reviendra jamais — appelé à Rome par le pape Urbain II en 1090, il mourra en Calabre en 1101, sans avoir rédigé la moindre règle. L'ordre cartusien existe depuis dix-sept ans, et il n'a encore aucun texte fondateur. Ce sera Guigues, cinquième prieur, qui rédigera les Statuts en 1127 — vingt-six ans après la mort du fondateur. Le 30 janvier 1132, quarante-huit ans après l'arrivée de Bruno, une chronique note sobrement qu'une masse de roches et de neige dévale des hauteurs et ensevelit toutes les cellules sauf une, avec six moines et un novice. Ce n'est pas une avalanche — aucun couloir d'avalanche ne descend dans cette zone. C'est un éboulement, dans ce massif calcaire ancien où les parois cèdent sans prévenir. Le monastère est reconstruit plus bas. Il brûlera huit fois entre 1320 et 1676. Les toitures sont couvertes en essendolles, des bardeaux de bois d'épicéa particulièrement combustibles, et les moyens de lutte contre le feu sont dérisoires : à chaque incendie, destruction quasi totale. En 1562, ce ne sont pas les flammes accidentelles mais les troupes calvinistes du baron des Adrets qui mettent le feu. Le monastère actuel sort du dernier incendie de 1676, reconstruit selon un plan nouveau par dom Innocent Le Masson. Deux siècles plus tard, en avril 1903, l'armée est envoyée pour expulser les moines. La loi dissolve les congrégations. La population locale tente de s'interposer. Les chartreux partent en exil en Italie et n'en reviendront qu'en 1940, trente-sept ans après, au moment même où les Allemands approchent de Voreppe. Depuis la fin de la guerre, le survol du monastère par les avions est interdit — statut de site protégé qui n'a aucun équivalent en France. Aujourd'hui, une trentaine de moines vivent dans le silence, dans des cellules individuelles reliées par un grand cloître de deux cent seize mètres. Les visiteurs ne franchissent pas les portes — le monastère est fermé au public, sans exception. En 1984, le réalisateur allemand Philip Gröning écrit aux chartreux pour leur demander l'autorisation de tourner à l'intérieur. Ils lui répondent seize ans plus tard. Le Grand Silence sort en 2005. Et seuls deux moines, dans le monde entier, connaissent la recette complète de la liqueur verte. Le vallon de Chartreuse n'a pas changé. La montagne, elle, continue de céder par endroits.

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Informations pratiques

Localisation

1084 Allée de la Grande Chartreuse, 38380 Saint-Pierre-de-Chartreuse