If Millénaire
Site naturel

If Millénaire

Côtes-d'Armor, Bretagne

À propos de ce lieu

Il est plus vieux que l'église devant laquelle il se tient. Entre quinze cents et dix-huit cents ans, personne ne peut trancher avec certitude, tant la croissance de l'if est lente, têtue, presque insolente. L'église de Pommerit-le-Vicomte date du XIIe siècle. L'if était déjà là, adulte, enraciné, quand les premiers moines ont posé leur première pierre. Cela signifie qu'il a vu l'endroit avant qu'il ne soit chrétien. Taxus baccata. L'if commun. Neuf mètres cinquante de circonférence. Douze mètres de hauteur. Le tronc est creux, tourmenté, couleur de cendre et de rouille. De l'intérieur du fût évidé, si l'on lève les yeux, on distingue un puits de lumière que les branches ferment partiellement, un vitrail naturel, dit-on. En 2005, un incendie l'a attaqué. Il a survécu. Chez les Celtes, l'if n'était pas un arbre ordinaire. C'était l'arbre des ovates, les savants et gardiens de la nature dans le monde druidique. Sa présence dans les enclos paroissiaux bretons ne doit rien au hasard. Les premiers chrétiens ont planté leurs oratoires là où les Celtes avaient leurs arbres sacrés. Les lieux ne changent pas. Seuls les noms changent. La tradition kymrique disait que la durée de la vie d'un homme est de quatre-vingt-un ans, celle d'un if de dix-neuf mille six cents ans. Un chiffre qui dit tout de la façon dont on regardait cet arbre. Pendant des siècles, l'if de Pommerit a veillé sur les morts. Le cimetière s'étendait sous ses branches, les corps enterrés à son ombre, dans la logique ancienne selon laquelle l'if absorbait les miasmes et purifiait la terre des défunts. Des milliers de baptêmes, de mariages, de sépultures ont eu lieu dans son champ de vision immédiat. Il n'a rien retenu. Ou peut-être tout. Entre 1704 et 1712, alors que les maçons construisaient la tour de l'église, les cloches ont été hissées dans les branches hautes de l'if en attendant que leur logement de pierre soit prêt. L'arbre a servi de clocher provisoire. Durant huit ans, c'est lui qui a marqué les heures, les angelus, les messes du dimanche et les glas funèbres, par le métal de ses branches plutôt que par la sève de ses racines. En 1995, le Muséum national d'Histoire naturelle a envoyé une équipe prélever des rameaux pour en faire des boutures. L'arbre était entré dans les registres scientifiques des individus remarquables. En 2000, la commune a reçu trois jeunes plants issus de ces prélèvements. L'un d'eux pousse aujourd'hui à quelques mètres du vieux tronc, cinq cents ans d'âge, à peine adolescent. À côté, le père continue. À Pommerit-le-Vicomte, on passe devant lui sans toujours s'arrêter. Mais lui, il regardera encore longtemps ceux qui passent.

Tags

naturearbre remarquable

Informations pratiques

Localisation

22200 Pommerit-le-Vicomte

Exploré le

29 avril 2026