
Site naturel
La Côte Sauvage du Croisic
Loire-Atlantique, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
Il existe une grotte sur cette côte dont la légende dit qu'un souterrain secret court sous les rochers jusqu'aux remparts de Guérande, sept kilomètres à travers la roche et l'obscurité pour rejoindre la ville des ducs de Bretagne. Les habitants l'appellent la grotte des Korrigans. La marée décide seule de quand on peut y entrer.
La côte sauvage de la presqu'île guérandaise s'étend sur quatorze kilomètres entre la jetée du Tréhic au Croisic et la pointe de Penchâteau au Pouliguen. Ce n'est pas une côte habitée. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, on n'y venait que pour faire paître les bêtes sur les landes communales et les dunes. Les falaises de gneiss et de granit avaient été travaillées par la mer depuis des millions d'années, et personne ne songeait à en faire autre chose qu'un bord du monde.
Le granit de la pointe du Croisic date de quatre cents millions d'années. Les vagues ont sculpté dans ces roches des formes que le XIXe siècle romantique s'est empressé de baptiser : le rocher de l'Ours, le Sphinx, le Grand Autel, et plus au nord le Masque de Napoléon, profil en relief que l'érosion marine a taillé dans la falaise avec une précision troublante. Ces noms donnés aux rochers ne sont pas anodins. Ils témoignent d'une époque où cette côte commençait à attirer des artistes, des naturalistes, des badauds venus de Nantes et de Paris par la nouvelle ligne de chemin de fer. L'Océarium du Croisic, premier aquarium marin de France, ouvre en 1872 dans ce même contexte d'émerveillement scientifique.
Mais le lieu a une histoire plus ancienne. La pointe du Croisic était défendue dès le Moyen Âge par une tour de guet. Au XVIIIe siècle, un corps de garde. En 1861, un fort carré modernisé pour l'artillerie de côte. Désaffecté à la fin du siècle, il devient une villa à toiture d'ardoise, puis un hôtel-restaurant. La guerre de 1939-1945 y installe des soldats allemands en surveillance de l'Atlantique : des blockhaus sont coulés dans la lande. Le sentier des douaniers, créé au début du XIXe siècle pour traquer les contrebandiers, longe toujours la totalité du trait de côte.
Les vingt-trois grottes que compte la côte ont été creusées par les vagues dans les failles et les filons du gneiss. Certains chercheurs pensent que les plus profondes ont été élargies à la main, par des Romains ou des Gaulois qui y extrayaient du plomb argentifère, peut-être de l'étain. La grotte des Korrigans fait trente-deux mètres de développement, ce qui en fait la deuxième plus longue grotte de Loire-Atlantique. En 1912, des visiteurs y ont failli se noyer, bloqués dans un couloir étroit par la marée montante, depuis, un escalier a été aménagé. La croix À ma fille, dressée face à la baie de Jumel depuis 1845, commémore une noyade.
Cette côte n'est pas faite pour les distraits.
Elle s'ouvre et se ferme au rythme de la mer, et garde ses grottes pour elle-même jusqu'à ce que l'heure soit bonne.
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