La côte sauvage de Quiberon
Site naturel

La côte sauvage de Quiberon

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

Un voyageur du XIXe siècle l'a écrit avec précision : une côte d'une beauté sauvage et triste. Ces quelques mots résistent. Ils disent ce que les images ne capturent pas, la tristesse n'est pas mélancolie, elle est gravité. Quelque chose de lourd pèse ici sur le granite. La presqu'île de Quiberon tient à la terre par un fil. L'isthme de Penthièvre mesure vingt-deux mètres dans sa partie la plus étroite. De chaque côté, la mer. À l'est, la baie protégée, calme, les plages de sable peigné. À l'ouest, l'Atlantique brut. La côte sauvage est ce versant occidental, huit kilomètres de falaises, de criques, d'arches, de galets ronds et énormes roulés par des siècles de houles. En breton, les habitants l'appellent Aod bras, la grande côte. Le nom français est une invention du tourisme, du XXe siècle. La roche est du granite hercynien, formé il y a trois cents millions d'années par l'orogenèse varisque, cette collision continentale qui a plissé toute la façade atlantique. L'eau s'infiltre dans les fractures, dilate, fragmente. À Port Blanc, l'érosion a découpé une arche dans la falaise, forme géologique éphémère, condamnée à s'effondrer dans un siècle ou dans dix mille ans, selon ce que la mer décidera. En juin 1795, une flotte britannique débarque à Carnac plus de quatre mille émigrés royalistes et quelques centaines de prisonniers enrôlés de force. Des milliers de Chouans les rejoignent. Ensemble ils s'emparent du fort Penthièvre, prennent Auray. Le drapeau blanc flotte sur la presqu'île. Puis le général Hoche arrive. Il fait le blocus. La nuit du 20 juillet, ses hommes escaladent les murailles du fort par la mer avec l'aide de soldats républicains prisonniers qui ont simulé la désertion. Le fort tombe. Les royalistes acculés sur la plage capitulent le 21 juillet sous promesse verbale d'avoir la vie sauve. Elle ne leur sera pas accordée. 748 seront fusillés, à Auray, à Vannes, à Quiberon. Des centaines d'autres se noient en tentant de rejoindre les navires britanniques. Victor Hugo leur consacre une ode. La Chartreuse d'Auray conserve leurs ossements. Le fort Penthièvre, construit en 1747 pour protéger l'isthme, sera occupé par les Allemands en 1940. Ils y fusillent des résistants à leur tour. Les vestiges de blockhaus parsèment encore les falaises de la côte sauvage. La mer les attaque depuis 1945 avec la même patience qu'elle emploie contre tout le reste. L'arche de Port Blanc résiste encore. Les vagues s'y engouffrent à marée haute. Il règne, dit-on, sur ces étendues désertes en automne une atmosphère de bout du monde. Ce n'est pas une métaphore.

Tags

presqu'îledunesrandonnée

Informations pratiques

Localisation

56170 Quiberon