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Le Sentier de la Liberté – Réseau Shelburn
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
La plage n'est accessible qu'à marée basse, par un tunnel creusé dans la falaise. Pas de panneau. Pas de monument. Une plaque discrète à l'entrée du boyau, et derrière, une anse de granit que la mer efface et révèle au rythme de ses marées. C'est ici que les services secrets britanniques ont accompli ce qu'ils ont eux-mêmes appelé le Miracle Shelburn, le réseau d'évasion le plus efficace de la Seconde Guerre mondiale. Huit opérations. Cent trente-cinq aviateurs alliés exfiltrés. Zéro perte. Zéro arrestation.
Plouha, 1943. Les falaises des Côtes-d'Armor, les plus hautes de Bretagne, cent mètres à pic, offrent une dissimulation totale depuis le large. L'anse Cochat, rebaptisée plage Bonaparte par les agents alliés, ne figure sur aucune carte de l'occupant comme point stratégique. C'est précisément pour cela qu'on la choisit. Deux agents canadiens du MI9 britannique, Lucien Dumais et Raymond LaBrosse, arrivent en France à l'automne 1943. Ils construisent une filière clandestine qui part de Paris, traverse toute la France occupée, remonte jusqu'aux fermes de Plouha, et finit dans l'obscurité totale d'une crique bretonne.
La mécanique est d'une précision d'horloger. Les aviateurs abattus, Américains, Britanniques, Canadiens, Australiens, sont collectés, hébergés, habillés en civils, convoyés de ferme en ferme par des résistants ordinaires : instituteurs, agriculteurs, pêcheurs, ménagères. À Plouha, ils convergent vers la Maison d'Alphonse, la maison de la famille Gicquel, qui sert de point de rassemblement final. La nuit venue, sans lune obligatoirement, les hommes descendent en silence le sentier de la falaise. Job Mainguy scrute l'obscurité avec sa lampe torche soigneusement enroulée dans un carton pour en atténuer la lueur, il émet en morse la lettre B, comme Bonaparte. Marie-Thérèse Le Calvez, sur la plage, guide les chaloupes avec une lumière bleue.
À neuf cents mètres de là, dans l'obscurité, une corvette de la Royal Navy attend au mouillage. À neuf cents mètres d'un blockhaus allemand. Les baleinières rament en silence vers le rivage. Les hommes embarquent. Quatre heures de mer pour rejoindre Dartmouth, en évitant les convois. Puis recommencer.
Entre janvier et août 1944, huit opérations Bonaparte sont menées. La dernière a lieu le 23 août 1944, la Bretagne est déjà en train d'être libérée. La Maison d'Alphonse, elle, est détruite par les Allemands le 24 juillet. Il n'en reste rien qu'une plaque et l'herbe revenue.
Le sentier de la liberté suit aujourd'hui ce même chemin, de la Chapelle Saint-Samson jusqu'aux falaises, jusqu'au tunnel, jusqu'à la plage.
La Bretagne est une terre de Résistance. Plouha en est la preuve la plus silencieuse et la plus absolue.
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maritimenatureww2
Informations pratiques
Localisation
22580 Plouha
Exploré le
3 août 2026


