Les Monts d'Arrée
Site naturel

Les Monts d'Arrée

Finistère, Bretagne

À propos de ce lieu

Il y a des endroits qui n'ont pas besoin d'altitude pour écraser. Les monts d'Arrée culminent à moins de quatre cents mètres, et pourtant, sur leurs crêtes balayées par le vent, on comprend instinctivement pourquoi les Bretons ont placé ici les portes de l'enfer. Ces collines sont très vieilles. Vieilles de trois cents millions d'années, érection hercynienne jadis aussi haute que les Alpes, depuis arasées par les érosions successives jusqu'à ces moignons de quartzite et de grès armoricain qui dessinent l'horizon en dents de scie. Les rochers durs ont tenu, les roches tendres se sont creusées. C'est ce creux, au centre du massif, qui est le cœur de tout : le Yeun Elez. Le Yeun Elez, la grande dépression marécageuse coincée entre le Roc'h Trevezel au nord, le Ménez Kador à l'ouest et le mont Saint-Michel de Brasparts, est une tourbière de quinze cents hectares où des chênes pétrifiés et des bouleaux fossiles à l'écorce intacte ont été retrouvés enfouis dans la tourbe. La forêt s'est noyée ici, il y a des millénaires, et le sol a absorbé tout ce bois mort. Des feux spontanés y brûlent pendant des mois sans qu'on puisse les éteindre, la foudre embrase la tourbe, et seule la pluie finit par avoir raison des flammes. On entend la nuit des cris qui ressemblent à des hurlements de démons : ce sont des butors étoilés, grands hérons au chant caverneux, mais les anciens ne le savaient pas. Des hommes s'y sont perdus dans le brouillard, embourbés, engloutis. Il ne fallait pas en chercher davantage. Les Bretons ont fait du Yeun Elez le Youdig, la bouillie, l'endroit sans fond. La porte des enfers. On y noyait les âmes errantes, les mauvais esprits, les chiens noirs possédés. Le prêtre venait de nuit, avec son étole noire, pour précipiter dans le marais ce qu'il fallait y précipiter. L'Ankou rôde dans ces landes, cette figure squelettique qui ramasse les morts et dont Anatole Le Braz a fixé la légende pour l'éternité. Les lavandières de la nuit attendent aux ruisseaux les voyageurs imprudents pour leur faire tordre des suaires. Le massif entier est une scène de théâtre où se joue, depuis des siècles, le rapport breton à la mort. En 1937, un lac artificiel a ennoyé un tiers des tourbières du Yeun Elez. Puis, entre 1967 et 1985, une centrale nucléaire a utilisé ces mêmes eaux pour ses circuits de refroidissement, la plus faible puissance installée de France, dans le paysage le plus mythologique de Bretagne. Elle est aujourd'hui en cours de démantèlement. Le fait dit quelque chose de précis sur ce lieu : même les projets les plus modernes finissent par lui céder. Depuis les crêtes, par temps clair, le regard porte jusqu'à la mer des deux côtés, Atlantique et Manche. Anatole Le Braz a écrit que les monts d'Arrée sont le balcon de l'Occident. Il avait raison. Et le vent, lui, n'a pas changé d'un souffle.

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Informations pratiques

Localisation

Les Monts d'Arrée, 29410 Plounéour-Ménez