
Lieu religieux
Monastère Notre-Dame de Beaufort
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
Entre Saint-Malo et Dol-de-Bretagne, dans les bois et les vallons de Plerguer, un manoir posé au-dessus d'un étang abrite depuis 1963 une communauté de moniales dominicaines. Ce que la plupart des visiteurs ne savent pas, c'est que ce lieu calme et silencieux a été successivement forteresse médiévale, foyer protestant clandestin, château aristocratique, repaire de maquisards, et refuge de jeunes séminaristes cachés pour échapper au STO.
Le nom Beaufort apparaît dès le XIIe siècle. Un donjon carré flanqué de quatre tours rondes domine alors un escarpement rocheux sur la route qui mène à Saint-Malo en longeant la Rance, position stratégique que se disputent Bretagne et Normandie pendant des siècles. En 1222, Alain de Beaufort donne des dîmes aux moines de Dinan. En 1247, il fournit un soldat pour l'armée de l'évêque de Dol. Le château relève du comté de Combourg, à charge pour le seigneur de payer une rente de cinq sols à l'Angevine et de rendre hommage et chambellenage.
Au XIIIe siècle, la terre passe à la famille de Châteaubriant, lointains ancêtres du vicomte. En 1425, Briand III de Châteaubriant-Beaufort, amiral de Bretagne, bat les Anglais au Mont-Saint-Michel. En 1446, il reçoit du duc le droit de tenir une foire annuelle à Plerguer. C'est le sommet de la puissance des Beaufort, haute justice sur tout le bourg, prééminences dans l'église, sépultures armoriées dans le choeur.
Puis viennent les guerres de la Ligue. Le donjon médiéval disparaît. Les archives de la maison sont pillées et volées. La place forte est reconstruite plus au nord, près de l'étang, sous forme d'un manoir dont les ailes en équerre définissent l'aspect actuel. À l'époque de la Réforme, Christophe de Châteaubriant-Beaufort s'engage dans le camp protestant, épouse une fille du comte de Montgomery, et plante l'Église réformée dans la région de Saint-Malo. Son cadet Briand, seigneur de Beaufort, semble avoir accueilli quelque temps des prêches au château avant de basculer dans l'autre camp.
En 1675, les Gouyon de Touraude achètent Beaufort. Cette vieille famille bretonne va porter la seigneurie pendant deux siècles et demi. En 1793, Luc-Jean-Joseph Gouyon de Beaufort, compromis dans la conjuration de La Rouërie contre la Révolution, est arrêté en son château et guillotiné à Paris en juin 1794. En août 1943, le château abrite brièvement le maquis de Saint-Yvieux. En octobre 1943, les maquisards sont remplacés par les élèves les plus jeunes du collège de Saint-Malo, jeunes séminaristes cachés pour échapper au Service du Travail Obligatoire en Allemagne.
En 1945, le dernier marquis de Beaufort meurt seul dans le château, à quatre-vingt-dix ans, sans descendance. Le château est cédé à une congrégation religieuse en 1950. Le 23 mai 1963, jour de l'Ascension, quatre sœurs dominicaines venues du Midi arrivent dans des bâtiments dévastés par les années de guerre. Elles restaurent tout, pierre par pierre.
L'étang miroite sous les arbres. Des chants accompagnés d'une kora sénégalaise montent de la chapelle.
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