Musée des Beaux Arts et de la Dentelle
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Musée des Beaux Arts et de la Dentelle

Orne, Normandie

À propos de ce lieu

Un voile de mariée est conservé dans ce musée. Il mesure trois mètres cinquante de long sur deux mètres de large. Il est entièrement réalisé au point d'Alençon, à l'aiguille, centimètre carré par centimètre carré. On estime que sa conception a nécessité entre trois cent cinquante mille et cinq cent mille heures de travail, une année entière de labeur pour une centaine de dentellières. Une pièce de tissu qui a coûté plus de temps que la construction d'une cathédrale. Le point d'Alençon naît au XVe siècle pour répondre à une menace économique : la concurrence du point de Venise, dont les dentelles envahissaient les cours d'Europe et vidaient les coffres du royaume de France en devises. Colbert décide d'imposer le made in France avant que le concept n'existe. Il interdit l'importation des dentelles étrangères en 1665, la même année où il crée les haras royaux, et mandate la ville d'Alençon pour développer sa propre technique. Les ouvrières normandes copient les points italiens, puis inventent les leurs. Naît ainsi une dentelle entièrement à l'aiguille, sans fuseau, que nulle machine n'a jamais pu reproduire à l'identique. Le procédé est d'une complexité proprement vertigineuse. Sept heures de travail par centimètre carré. Quatorze étapes successives. Le dessin est d'abord piqué sur du parchemin, un parchemin de peau de poisson dans les formules les plus anciennes, puis la dentellière bâtit la base, les mailles, les points de remplissage, les ombres, les brodes qui donnent le relief. Chaque étape est réalisée par une ouvrière différente, spécialisée dans une seule geste. La dentelle circule de mains en mains, s'accumule, s'affine. La pièce finale est le résultat d'un travail collectif et invisible. À la première Exposition universelle de Londres en 1851, le point d'Alençon est sacré Reine des dentelles. Napoléon commandait pour Joséphine. La cour impériale du Second Empire faisait border ses robes de cet ajouré blanc. Louis-Philippe offrait des cols de point d'Alençon aux souverains étrangers. En 1902, menacée par la mécanisation, la ville crée une école dentellière. En 1976, l'Atelier Conservatoire National du point d'Alençon est rattaché à l'Administration générale du Mobilier National. Neuf dentellières y perpétuent le savoir-faire. Elles confectionnent aujourd'hui les rideaux du Salon d'argent du Palais de l'Élysée. Le musée lui-même loge dans l'ancien collège des Jésuites, au cœur d'Alençon, dans une cour carrée que les Jésuites n'auraient pas reconnue sous le nom qu'elle porte désormais : la Cour Carrée de la Dentelle. Les collections de beaux-arts couvrent cinq siècles d'écoles européennes. Une section entière documente le Cambodge de 1900 vu par Adhémard Leclère, administrateur colonial, archéologue, linguiste, né et mort à Alençon. En 2018, l'artiste polonaise NeSpoon a peint une fresque de dentelle sur la façade extérieure. Dehors, la dentelle est en pierre. Dedans, elle est en fil. Les neuf dentellières travaillent toujours.

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Informations pratiques

Localisation

Cour carrée de la Dentelle, 61000 Alençon