
Lieu religieux
Notre-Dame de Tronoën
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Sous le calvaire, il y a un menhir brisé. Il est là depuis le Néolithique, enfoui sous les herbes des dunes, à l'aplomb même des sculptures du XVe siècle. Ce lieu a été sacré de tout temps, avant le Christ, avant les Gaulois, avant les Romains. Avant tout le monde.
Au second âge du Fer, un oppidum gaulois s'installe sur ce promontoire qui domine la baie d'Audierne. Il est doté d'un fanum, un temple. Quand les Romains arrivent, ils n'effacent pas le culte, ils le transforment. Au même endroit, les mêmes gens vénèrent désormais Vénus Anadyomène, la déesse sortie des eaux. Les fouilles de 1876 livrent des dizaines de figurines de terre cuite à son effigie. Elles sont aujourd'hui au musée de Saint-Germain-en-Laye. Deux mille ans plus tard, en ce même point exactement, on prie Notre-Dame d'intercéder pour les marins disparus en mer. La Vierge marine a succédé à la Vénus marine. Le lieu n'a jamais cessé d'être le même lieu.
Au XVe siècle, une chapelle sort de terre sur les dunes du Pays bigouden. Les maîtres maçons en font l'un des très rares édifices voûtés en pierre de toute la Bretagne, une cathédrale rustique à trente mètres d'altitude, tournée vers l'Atlantique. Vers 1460, quatre ateliers différents travaillent à un calvaire qui deviendra le plus ancien des sept grands calvaires de Bretagne. On les date grâce aux vêtements des personnages : les chaussures à la poulaine, les manteaux, trahissent la mode du temps de Charles VII. Un maître demeure anonyme mais identifiable, ses anges de compassion, les pieds du Christ en légère torsion, la manière singulière dont il traite les barbes.
La pierre de Kersanton noir résiste mieux que le granit à l'air marin. C'est pour cela que la scène de la Nativité est miraculeusement préservée quand le reste du calvaire porte les cicatrices de six siècles de sel et de vent. Et dans cette Nativité, quelque chose d'unique : la Vierge allongée sur sa couche, poitrine découverte, les cheveux en deux nattes naïves sur les épaules. Joseph dort au chevet, vieux et absent de l'événement. Le nourrisson tient déjà le globe terrestre et lève la main. C'est une représentation rarissime dans l'art chrétien occidental. Certains disent que le sculpteur, venu d'un atelier lié à Carhaix, travaillait ici sur une terre où Vénus avait posé les pieds bien avant la Vierge, et que ça se voit.
À l'entrée de la chapelle, une tête sculptée dans la pierre surveille les visiteurs. La légende dit qu'il a été mis là pour garder l'œil sur la Vierge aux seins nus. Une autre dit que si on l'entend siffler pendant une tempête, c'est l'apocalypse.
Les dunes grondent. La mer est à un kilomètre et demi.
Tags
chapellereligieuxlégende
Informations pratiques
Localisation
198B Rue de Tronoen, 29120 Saint-Jean-Trolimon


