
Site naturel
Parc naturel Normandie-Maine
Orne, Normandie
À propos de ce lieu
Il y a des territoires dont la géologie commande tout le reste. Les roches les plus vieilles de ce parc se sont formées il y a six cents millions d'années, au fond des mers chaudes de l'hémisphère sud. Ce sont des schistes noirs, rugueux, que personne ne remarque dans les talus. Puis vinrent les grès armoricains, il y a quatre cent quatre-vingts millions d'années — des roches si dures qu'elles ont résisté à tout, érosion, glaciers, siècles, et qu'elles forment encore aujourd'hui la colonne vertébrale du parc : une barre rocheuse qui s'étire sur cent kilomètres d'ouest en est, couronnée de forêts, creusée de gorges, et qui porte les plus hauts sommets de l'Ouest de la France.
Cette barre n'est pas qu'un accident géologique. Elle est une frontière. Au nord, la Normandie. Au sud, le Maine. Entre les deux, la roche. Les seigneurs médiévaux l'ont compris avant les géologues : c'est sur cet éperon de grès armoricain que Guillaume de Bellême construit vers 1010 le premier château de Domfront, en bois. Henri Ier Beauclerc, troisième fils de Guillaume le Conquérant, le remplace en pierre vers 1100. Les Plantagenêts y séjournent. Aliénor d'Aquitaine y accouche d'une fille en août 1161. Gabriel de Montgomery, qui avait accidentellement tué Henri II d'un éclat de lance lors d'un tournoi en 1559, s'y réfugie en 1574 avec une poignée d'hommes. Les canons du maréchal de Matignon percent les murs. Montgomery se rend le 27 mai. Il sera exécuté à Paris un mois plus tard. Sully fait raser le donjon à l'explosif en 1608. Deux pans de murs tiennent encore.
Sur le pont de Saint-Céneri-le-Gérei, dans le muret de pierre, un clou matérialise la frontière entre Normandie et Pays-de-la-Loire. De l'autre côté, la Sarthe décrit une boucle parfaite autour d'un éperon de grès roussard. C'est là qu'un ermite italien nommé Céneri fonda un monastère au VIIe siècle, que les Vikings détruisirent en 903, que les Normands assiégèrent jusqu'à la guerre de Cent Ans. En 1845, le peintre Achille Oudinot fait découvrir le village à Corot. Courbet suit. Puis Harpignies, Boudin, et des dizaines d'autres, qui logent à l'auberge des sœurs Moisy et dessinent à la bougie les profils de leurs compagnons sur les murs blancs de la salle du premier étage — la "salle des décapités", soixante silhouettes tracées au fusain, encore visibles aujourd'hui.
Le grès roussard de ces murs-là contient des fossiles marins vieux de quatre cents millions d'années. Dans les rivières du parc, la Moule perlière — espèce glaciaire qui peut vivre un siècle et demi — filtre silencieusement les eaux froides des torrents. Le territoire vient d'obtenir en 2024 le label Géoparc mondial UNESCO.
Six cents millions d'années de mémoire, quelques centimètres de pierre, et un clou planté dans un pont — c'est ainsi que Normandie-Maine tient ensemble ses frontières.
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