
Site naturel
Parc naturel régional de la Brenne
Indre, Centre-Val de Loire
À propos de ce lieu
Entre Châteauroux et Poitiers, là où le Berry touche le Poitou et la Touraine, le regard se perd. Des milliers de miroirs d'eau s'enchaînent à perte de vue entre les landes, les roselières et les buttons de grès roux. Ce paysage d'une douceur presque irréelle est entièrement artificiel, et c'est là son secret le plus déroutant.
La Brenne n'a jamais été naturellement cet éden aquatique. Au départ, c'est un plateau ingrat : des sols argilo-gréseux trop gorgés d'eau en hiver, desséchés dès le printemps, impossibles à cultiver. Les Romains y fondent d'abord un district sidérurgique lié à l'agglomération antique d'Argentomagus, deux mille ans de forges et de charbonniers qui déboisent, bouleversent l'équilibre hydrologique, alourdissent encore l'humidité des sols. Au VIIe siècle, des moines s'installent dans ce qu'on appelle alors le saltus Brioniae, le pays des buttes, fondent les abbayes de Saint-Cyran et de Méobecq. Ils ne viennent pas assainir des marais. Ils viennent habiter un territoire difficile et cherchent comment en vivre.
La solution, ils la trouvent au XIIe siècle, et elle est d'une logique implacable. Puisque l'eau ne part pas, autant l'emprisonner. Les moines construisent des digues de terre, coupent les dépressions naturelles, retiennent les sources et les ruissellements. Des étangs naissent. Ils les empoissonnent de carpes. L'Église catholique impose le vendredi maigre à toute la chrétienté, et l'on est ici loin de la mer. La carpe de Brenne devient une richesse considérable. Les étangs se multiplient de siècle en siècle, s'enchaînent en chapelets, chacun communiquant avec le suivant. À la fin du XVIIIe siècle, ils couvrent plus de six mille hectares.
Au XIXe siècle, les hygiénistes s'affolent. Un préfet de l'Indre publie en 1804 un mémoire retentissant qualifiant la Brenne de plaie de l'Indre et même du centre de la France. Le paludisme ravage les populations locales. On assèche, on draine, on détruit des centaines d'étangs. Mais la plupart résistent, la pisciculture repart au XXe siècle, les étangs reprennent leurs droits. En 1989, le parc naturel régional est créé. En 1991, la Brenne est inscrite à la Convention de Ramsar comme zone humide d'importance internationale.
Ce que les moines médiévaux ont fabriqué avec leurs pelles et leurs bras nus abrite aujourd'hui plus de deux mille cinq cents étangs tous artificiels, deux cent soixante-dix espèces d'oiseaux, la plus grande population de cistudes de France, cette petite tortue d'eau douce qui n'existe ici nulle part ailleurs dans le pays. George Sand, qui connaissait la Brenne, en avait tiré ses Légendes rustiques : le grand Bissète génie des eaux qui entraîne les passants au fond, le cheval Mallet, les feux follets qui suivent les vivants jusque chez eux. L'isolement et l'eau, disait-elle, suscitent toutes sortes d'histoires.
Mille étangs inventés par des moines. Et depuis, la nature n'a plus voulu partir.
Tags
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Informations pratiques
Localisation
Bureaux de l'administration du PNR Maison du Parc, Le Bouchet, 36300 Rosnay

