
Site naturel
Parc naturel régional du Verdon
Var, Provence Alpes Côte d'Azur
À propos de ce lieu
Il y a six millions d'années, la Méditerranée s'assèche. Les plaques africaine et européenne se rapprochent, Gibraltar se ferme, l'évaporation fait le reste : le niveau de la mer baisse de mille cinq cents mètres. Les rivières de Provence plongent vers ce fond désertique en creusant à une vitesse que l'érosion ordinaire n'atteint jamais. C'est dans cette catastrophe géologique que naissent les gorges du Verdon. Quand la Méditerranée revient, cinq millions d'années plus tard, le canyon est fait — vingt-cinq kilomètres de longueur, sept cents mètres de profondeur, et par endroits six mètres seulement de large au niveau de l'eau.
Les calcaires que le Verdon a entaillés se sont déposés il y a cent cinquante millions d'années au fond d'une mer chaude tropicale. On y trouve encore des coraux fossiles, des gastéropodes, des traces d'une faune marine engloutie dans la roche blanche. Les falaises portent cette mémoire à découvert sur des centaines de mètres de hauteur.
Les hommes ont toujours parcouru ces gorges sans jamais les avoir traversées de bout en bout. Les cartographes Cassini les dessinent en 1770 depuis les crêtes, sans y descendre. En 1905, le ministère de l'Agriculture mandate le géologue Édouard-Alfred Martel pour chercher des ressources en eau potable en Provence. Il part avec Isidore Blanc, instituteur à Rougon. Il leur faut quatre jours pour traverser le canyon pour la première fois dans l'histoire documentée. Le sentier qui porte leurs deux noms — le Blanc-Martel — longe encore aujourd'hui les mêmes falaises.
Jean Giono, qui connaissait ce territoire mieux que tout autre, écrivait : "Ici, c'est plus que loin, c'est ailleurs."
En 1973, EDF noie la plaine au débouché des gorges pour construire le barrage de Sainte-Croix. Le village des Salles-sur-Verdon disparaît sous les eaux — reconstruit plus haut. Avec lui, un pont romain, des fermes, des vergers, et la résurgence de Fontaine l'Évêque. La mise en eau crée un lac de onze kilomètres d'une couleur turquoise que la lumière de Provence n'imite nulle part ailleurs.
Dans les fissures des falaises calcaires vit une fougère découverte en 1911 — la Doradille du Verdon — qui ne pousse nulle part ailleurs sur Terre. Les vautours fauves, réintroduits en 1999 sur la commune de Rougon, ont repris possession des parois. Cent cinquante d'entre eux planent aujourd'hui au-dessus du canyon.
Ailleurs s'appelle Verdon.
Tags
naturerandonnée
Informations pratiques
Localisation
Domaine de Valx, 04360 Moustiers-Sainte-Marie

