
Lieu religieux
Point de Vue Tour de Kerroc'h
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
Ce n'est pas une statue de la Vierge qui s'élève au sommet du promontoire de Ploubazlanec. C'est une tour, et c'est là tout le glissement. Vers 1860, deux sœurs pâtissières de Paimpol, les demoiselles Janoly, avaient voulu financer une simple statue mariale sur la butte du Krec'h Mahaf pour protéger les goélettes partant pêcher la morue en Islande. C'est Monseigneur David, évêque de Saint-Brieuc, qui a substitué à ce projet une tour à son image, ses armes personnelles représentant la tour de David de Jérusalem. Les dévotes consentirent. Leur argent construisit la gloire de l'évêque.
La pêche islandaise de Paimpol a commencé en 1852. En moins de vingt ans, elle est devenue l'une des pêcheries les plus meurtrières de France. Chaque printemps, des dizaines de goélettes quittaient la baie pour six mois en mer du Nord. Certaines ne revenaient pas. Entre 1852 et 1935, cent vingt bateaux ont disparu. Deux mille marins sont morts. Dans le cimetière de Ploubazlanec, les familles clouaient sur un mur des panneaux de bois portant les noms des disparus. Plus bas, à la Pointe de la Trinité, une croix de granit de 1714, la Croix des Veuves, marquait le promontoire où les femmes montaient guetter le retour des navires. Les goélettes étaient visibles à dix milles par temps clair depuis ces soixante mètres de falaise.
La tour est inaugurée le 7 septembre 1873, bénédiction solennelle donnée par Monseigneur David en personne. Le site boisé avait été offert par le maire Jacob. Madeleine Janoly, la pâtissière, avait tout payé. La construction est en granit, sur base octogonale, avec parapet crénelé et coursière en encorbellement à mi-hauteur de la tourelle. Au sommet : la Sainte Famille, la Vierge, saint Joseph portant l'Enfant Jésus. À la base, un autel dédié à sainte Anne. Le tout sert d'amer pour les marins : un repère visuel depuis le large, intégré aux cartes de navigation.
Dix ans après l'inauguration, Pierre Loti visite Pors-Even, le port voisin, rencontre les familles des islandais. En 1886 paraît Pêcheur d'Islande. La tour, qui n'est pas dans le roman, apparaît dans le film de 1933 tiré du livre, elle est devenue, malgré elle, le symbole visuel de cette épopée funèbre. Marie Curie, les Joliot-Curie, Langevin villégiaturaient à Ploubazlanec. Ils ont tous vu cette tour depuis la baie.
En 1982, le Département des Côtes-d'Armor rachète le site comme espace naturel sensible.
La tour de Kerroc'h s'est voulue votive. Elle est devenue le monument muet d'une mer qui ne rendait pas ses morts.
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