
Site naturel
Pointe du Hoc
Calvados, Normandie
À propos de ce lieu
Les encuvements sont vides. Quand les Rangers américains atteignent le sommet de la falaise, après avoir escaladé trente mètres de roche calcaire sous le feu allemand, ils trouvent dans les emplacements béton prévus pour les six canons de 155 mm des madriers de bois taillés en forme de canons. Les Allemands avaient déplacé les vraies pièces d'artillerie le 26 avril, six semaines avant le Débarquement, et installé des leurres pour continuer à leurrer les reconnaissances aériennes alliées.
La pointe du Hoc avance dans la Manche sur la commune de Cricqueville-en-Bessin, à égale distance d'Omaha Beach et d'Utah Beach. Une falaise de vingt-cinq à trente mètres de haut, précédée d'une aiguille rocheuse. En 1944, les services de renseignement alliés identifient sur ce promontoire une batterie allemande dont la portée de dix-huit kilomètres menace directement les deux plages du Débarquement. Sans neutralisation préalable, les soldats débarquant sur Omaha et Utah se trouvent sous le feu croisé. La mission est confiée au 2e bataillon de rangers du lieutenant-colonel James Earl Rudder. Deux cent vingt-cinq hommes. Escalader la falaise sous les tirs. Détruire les canons.
À 7h10 le 6 juin 1944, les barges approchent avec quarante minutes de retard, erreur de navigation dans la fumée et le courant. Les grappins s'accrochent à la roche. Les cordes montent. Des soldats allemands les sectionnent depuis le bord. D'autres montent quand même. En moins de quinze minutes, les compagnies D, E et F atteignent le sommet et engagent le combat. Puis la stupeur : les encuvements sont vides.
Le sergent Leonard Lomell, blessé sur la plage, est parmi les premiers à escalader. Il repart en patrouille vers le sud avec le sergent Jack Kuhn. Un kilomètre trois cents mètres plus loin, dans un chemin creux bordé de haies, ils découvrent cinq canons camouflés, prêts à tirer, des soldats allemands à cent mètres. Lomell enroule sa veste autour de la crosse de son pistolet-mitrailleur pour étouffer le bruit et fracasse les systèmes de visée. Il revient chercher des grenades thermite, ces grenades qui font fondre le métal par réaction chimique, et détruit deux canons. La sixième pièce ne sera jamais retrouvée.
Les Rangers tiennent la pointe sans renforts pendant deux jours. Les munitions s'épuisent. Les contre-attaques allemandes se succèdent. Sur 225 hommes engagés, 90 sont encore en état de combattre le 8 juin au matin, quand les chars du 116e régiment arrivent enfin.
En juin 1984, quarante ans après, Ronald Reagan prononce à la pointe un discours devant soixante-deux survivants vieillis. Sa speechwriter Peggy Noonan avait modifié la dernière seconde une phrase du texte. La version finale disait : These are the boys of Pointe du Hoc.
Les cratères sont toujours là. Les bunkers aussi. La falaise s'effrite chaque année un peu plus sous l'érosion.
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