
Site naturel
Puy de Dôme
Puy-de-Dôme, Auvergne-Rhône-Alpes
À propos de ce lieu
Tout ce qu'il faut. L'accroche naturelle s'impose : le mercure. C'est le fil conducteur parfait — le mercure du baromètre de Pascal en 1648, et le mercure du colosse de Zénodore deux mille ans avant. Deux révélations sur le même sommet. Avec le volcan et le sacré en toile de fond.
Le 19 septembre 1648, à cinq heures du matin, un homme se lève à Clermont et regarde le ciel. La cime du Puy de Dôme est dégagée. Il fait prévenir ses témoins. À huit heures, le groupe se réunit dans le jardin du couvent des Minimes et Florin Périer — conseiller à la Cour des aides, beau-frère de Blaise Pascal — commence à gravir le volcan avec des tubes remplis de mercure. Son expérience va fonder la météorologie moderne et démolir deux mille ans d'aristotélisme.
Pascal lui avait écrit depuis Paris en novembre 1647. L'idée était simple et bouleversante : si c'est le poids de l'air qui maintient le mercure dans un tube renversé sur une cuve, alors au sommet d'une montagne, où l'air est moins lourd, la colonne doit descendre. Et si elle descend, l'horreur du vide d'Aristote n'est qu'une chimère. Il fallait une montagne aux portes d'une grande ville. Le Puy de Dôme se trouvait là, à quelques kilomètres de la maison natale de Pascal. Florin Périer attendit neuf mois que le temps soit propice. Le 19 septembre, il répéta l'expérience cinq fois de suite au sommet. La colonne de mercure avait baissé de neuf centimètres. L'air pèse. Il pèse moins haut. La preuve était faite.
Ce n'était pas la première fois que le sommet de ce volcan changeait la façon dont les hommes comprennent le monde. Le Puy de Dôme est le dernier né de la chaîne des Puys — onze mille ans, ce qui en géologie est presque hier — et son dôme trachytique de 1 465 mètres domine d'un seul regard toute la plaine de la Limagne et les volcans qui l'entourent. Avant Pascal, avant les Romains qui y construisirent leur temple, les Arvernes y montaient déjà pour leurs cultes druidiques. La montagne était sacrée. Elle regardait tout. C'est pour cela que les Arvernes y commandèrent au sculpteur Zénodore, dans les années 50 après J.-C., le plus grand colosse de bronze jamais fondu dans le monde romain — une statue de Mercure qui domina la Gaule entière pendant des siècles et dont, aujourd'hui, nul fragment n'a été retrouvé sur le sommet. Seul un pied colossal de bronze a été exhumé à Clermont en 2006. On pense que c'est lui. Rien d'autre.
Deux mille ans de sacré, neuf centimètres de mercure, un colosse disparu. Le volcan ne livre pas tout.
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