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Saint-Aubin-du-Cormier
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
Le château fut démoli sur ordre du vainqueur. Trois ans après la bataille, en 1491, Charles VIII fit abattre les tours de Saint-Aubin-du-Cormier une à une. La forteresse que les ducs de Bretagne avaient mis deux siècles à construire et à renforcer fut démantelée pierre par pierre, comme on efface une preuve. Il en reste les ruines que l'on voit aujourd'hui, trois pans de murs, une tour éventrée, la silhouette d'un château qui sait ce qu'il a perdu.
Saint-Aubin-du-Cormier existe depuis le XIIe siècle, bourg de marche sur la frontière orientale du duché breton, au bord du Couesnon, à la jonction des routes qui mènent à Fougères, à Vitré, à Rennes. En 1223, le duc Pierre Mauclerc y fait construire un château sur l'éperon rocheux dominant la rivière, donjon, dix tours circulaires, enceinte rectangulaire de deux cents mètres. Le lieu est choisi pour sa position de verrou : qui tient ce château tient l'une des portes de Bretagne.
Au fil des règnes, les ducs Jean V, puis François II, renforcent la forteresse. Une deuxième enceinte est ajoutée vers 1450. Des tours d'artillerie. Un logis. Une chapelle. En 1488, François II, vieux, malade, sans héritier mâle, est pris dans l'étau de la Guerre folle. Les armées françaises, commandées par le général de La Trémoille, avancent méthodiquement. Châteaubriant tombe le 23 avril. Ancenis le 19 mai. Fougères le 19 juillet. Les principales places qui gardent l'entrée de la Bretagne sont aux mains du roi de France.
Le 28 juillet 1488, les deux armées se font face à l'ouest du bourg, sur la lande de la Rencontre. Onze mille cinq cents hommes côté breton, Bretons, Anglais, Allemands, Gascons, Castillans, Basques. Quinze mille côté français, dont six mille Suisses aguerris. La bataille dure quelques heures. L'armée bretonne, mal commandée, est submergée. Six mille Bretons morts. Quinze cents Français. Louis d'Orléans, allié du duc, est fait prisonnier. Le 19 août, le traité du Verger est signé. François II ne peut plus marier ses filles sans le consentement du roi de France. Il meurt trois semaines après, brisé. En 1491, sa fille Anne épouse Charles VIII. En 1532, le duché est annexé.
La bataille de Saint-Aubin sonna le glas de l'indépendance bretonne, écrit l'historien Léon Le Meur. En 1926, des nationalistes bretons érigent une stèle sur le champ de bataille. En 2000, un projet de centre d'enfouissement de déchets sur le site déclenche une telle mobilisation qu'il est abandonné. Certains nationalistes ont fait disperser leurs cendres sur la lande de la Rencontre.
Les ruines du château se dressent encore au-dessus de l'étang, ancienne douve devenue plan d'eau paisible.
La lande, elle, n'a pas oublié.
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