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Sées
Orne, Normandie
À propos de ce lieu
La légende dit que la richesse de Sées venait d'un coq en or qui prenait vie chaque soir à minuit pour lancer un retentissant cocorico depuis les entrailles de la ville. L'oiseau disparut, nul ne sait quand ni comment, et avec lui la prospérité. Ce qui resta, c'est une cathédrale. Et une ville de quatre mille habitants qui abrite onze monuments historiques.
Sées doit son nom aux Sagii, le peuple gaulois qui fonda sa cité ici, aux portes de la forêt d'Écouves, près des plaines à blé et des sources de l'Orne. Saint Latuin, premier évêque de Sées, fonde la première cathédrale vers 440. La ville devient cité épiscopale dès le IVe siècle. Seize siècles d'évêché ininterrompu dans un bourg normand perdu entre Alençon et Argentan, une continuité ecclésiastique rare en France, qui explique tout : la cathédrale, les palais épiscopaux, les communautés religieuses, les onze monuments classés.
La cathédrale carolingienne fut détruite lors des incursions vikings en 878 ou 910, puis relevée vers 986 par Azon le Vénérable à partir des pierres des fortifications de la ville. On démantèle les remparts pour sauver l'église. Au XIe siècle, un incendie lié aux troubles de 1048 ravagea une grande partie de l'édifice, l'évêque Yves de Bellême finança les réparations par une quête effectuée en Pouilles et à Constantinople. Le premier évêque de la Normandie reconquise fait le tour de la Méditerranée pour trouver de l'argent. La cathédrale est reconstruite avec de l'or byzantin.
L'édifice gothique actuel s'élève aux XIIIe et XIVe siècles, avec un chœur de style plus « français » que normand, deux travées et une abside à cinq pans entourée d'un déambulatoire desservant cinq chapelles rayonnantes. Les deux flèches de grès vert qui dominent la plaine à des kilomètres à la ronde sont l'œuvre du XIIIe siècle, dentelle de pierre dont la légèreté apparente dissimule une ingénierie de contrebutement d'une précision remarquable. Dans le transept sud repose le « Beau Dieu de Sées » en marbre, attribué à un atelier du Bernin. Le plus grand sculpteur baroque du monde avait peut-être un atelier qui travaillait pour une cathédrale normande de province.
Ville hôpital pendant la bataille de Normandie en 1944, Sées fut épargnée par les bombardements. Quand Alençon brûlait et que Saint-Lô disparaissait, les Alliés avaient désigné Sées comme zone sanitaire. Les flèches gothiques restèrent debout.
Élevée au rang de basilique mineure par Pie IX le 7 mars 1871, la cathédrale se dresse toujours dans son vallon, visible de la plaine avant même d'apercevoir la ville.
À Sées, le coq d'or a disparu. Mais les flèches sont encore là, et c'est peut-être la même chose.
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