
Site naturel
Sentier des Roches
Vosges, Grand Est
À propos de ce lieu
En 1910, une quarantaine de bénévoles du Club vosgien de Munster s'attaquent à flanc de granite armés de pioches et de dynamite. Leur objectif : tailler un chemin dans la paroi du cirque glaciaire du Schluchtkessel, là où la roche plonge à la verticale au-dessus de la vallée de Munster. Ils travaillent sur des passages que rien ne protège, au-dessus du vide, dans une roche modelée par les glaciers quaternaires des dizaines de millénaires plus tôt. Deux ans de chantier. À l'assemblée de 1912, le sentier prend le nom de son initiateur, Heinrich Strohmeyer, garde général des Eaux et Forêts, bien que celui-ci ait voulu rester discret.
Le Sentier des Roches est depuis lors le plus fréquenté du massif vosgien. Environ quarante mille marcheurs par an. Et l'un des plus meurtriers. Une dizaine d'interventions de secours chaque année, des accidents mortels réguliers. En conditions humides, le granite poli par les semelles devient un miroir incliné. Le sentier ferme chaque hiver, d'octobre à mai, et reste interdit aux chiens et aux vélos. La réserve naturelle nationale Frankenthal-Missheimle, qu'il traverse dans sa partie la plus sauvage, impose ses propres règles.
Le tracé longe les falaises du cirque glaciaire sur plusieurs centaines de mètres, à hauteur de regard avec les sommets. Ce paysage, ces parois de granite gris-rose, ces éboulis, ces prairies d'altitude, a été sculpté par des glaces qui atteignaient ici mille mètres d'épaisseur pendant le dernier maximum glaciaire. Le Hohneck, troisième sommet des Vosges à 1 363 mètres, ferme l'horizon. Sa face alsacienne est verticale, ses parois pratiquées par les alpinistes en hiver. Sa face lorraine est douce et arrondie comme un pain de sucre. La frontière historique entre l'Alsace et la Lorraine passe sur sa crête.
En chemin, le sentier passe devant la grotte Dagobert, une cavité naturelle dans le rocher que la tradition locale dit avoir servi de refuge au roi mérovingien au VIIe siècle. Le nom colle à la roche depuis plus de treize siècles.
Plus bas, le lac du Schiessrothried dort dans son cirque. Les chamois remontent le soir vers les chaumes quand les derniers randonneurs redescendent. Au sommet du Hohneck, par temps très clair, un de ces jours d'automne où l'air est lavé par les premières gelées, on aperçoit à l'est les Alpes bernoises : l'Eiger, le Mönch, la Jungfrau.
Deux cents kilomètres au-delà de ce granite vosgien taillé à la main.
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