
Abbaye
Abbaye de Conches-en-Ouche
Eure, Normandie
À propos de ce lieu
Un curé de Conches refusa plusieurs millions de francs. Louis-Philippe voulait acheter les vitraux de l'église Sainte-Foy pour les transférer dans la chapelle royale de Dreux, sa nécropole dynastique. L'abbé Baudard dit non. Les vitraux restèrent. Aujourd'hui encore, ils éclairent la nef gothique flamboyante de Conches-en-Ouche avec une lumière que la chapelle de Dreux n'a jamais connue.
L'histoire de ce lieu commence par un miracle sur un chemin d'Espagne. Roger Ier de Tosny, guerrier normand surnommé Roger d'Espagne pour sa participation à la Reconquista, fait halte à Conques-en-Rouergue sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. Sa femme est gravement malade. Il implore sainte Foy, martyre d'Agen dont les reliques sont conservées là-bas. Sa femme guérit. Roger rapporte des reliques en Normandie, fonde en 1035 une abbaye bénédictine à Castillon, le futur Conches, et change le nom du village en y glissant le souvenir de Conques. La ville porte depuis ce jour le nom d'un sanctuaire qu'elle n'est pas.
Roger fait venir des moines de l'abbaye de Fécamp pour peupler sa fondation. La charte de fondation est signée par Robert de Jumièges, premier archevêque normand de Cantorbéry, l'un des hommes les plus puissants de l'Église anglo-normande. L'abbaye Saint-Pierre et Saint-Paul de Châtillon-lès-Conches est consacrée en 1219. Elle possède à son apogée deux prieurés en Angleterre, l'un dans le Warwickshire, l'autre dans le Norfolk, dédié à sainte Foy. Une abbaye normande rayonnait donc des deux côtés de la Manche, dans le sillage de la Conquête de 1066.
Raoul II de Tosny, fils de Roger, avait combattu à Hastings. Son fils Raoul III portait la bannière de Guillaume en tête des troupes le matin de la bataille. Après la victoire, les Tosny reçurent de vastes domaines anglais. Ces guerriers tenaient Conches comme une forteresse avancée sur la frontière normande, tantôt au service des rois d'Angleterre, tantôt de ceux de France, toujours fidèles à leur propre puissance.
La Révolution détruit complètement l'abbaye, trois de ses églises et leurs richesses artistiques. L'église Sainte-Foy devient le Temple de la Raison. Les moines fuient. Ce qui reste de l'abbaye, l'ancienne hôtellerie, le pressoir, des celliers, une partie de l'enclos, est inscrit aux monuments historiques en 2002.
Mais les vitraux, eux, avaient survécu. Seize panneaux du XVe et XVIe siècles, certains parmi les plus beaux de Normandie, représentant des scènes de la Passion, des apôtres, des saints. C'est pour eux que Louis-Philippe avait offert des millions. C'est pour eux qu'un curé avait dit non.
Ils sont toujours là, dans la nef de Sainte-Foy, au-dessus des têtes des visiteurs qui ne savent pas toujours ce qu'ils ont failli ne jamais voir.
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