
Abbaye
Abbaye de la Trinité de Fécamp
Seinte-Maritime, Normandie
À propos de ce lieu
En 1171, les ouvriers qui creusaient les fondations de la nouvelle église abbatiale mirent au jour deux étuis de plomb. À l'intérieur : des particules d'une matière sombre, sèche, identifiée comme du sang. Lors des travaux de reconstruction menés après l'incendie de 1168, on découvrit ainsi deux reliquaires contenant ce que l'abbaye allait proclamer être des particules du Sang du Christ. La nouvelle se répandit dans toute la chrétienté. Les pèlerins arrivèrent par milliers. Fécamp devint l'un des lieux saints de l'Occident médiéval, grâce à un chantier de démolition.
L'histoire commence bien avant. Vers 658, un premier monastère avait été fondé à Fécamp par saint Vaneng, avec trois cents religieuses. Les Normands le ruinent vers 876. Richard Ier, dit Sans-Peur, troisième duc de Normandie, restaure le site et y installe des chanoines séculiers. En 990, il fait édifier une nouvelle église de la Trinité, et demande à y être inhumé sous une gouttière, pour que l'eau de pluie lave ses péchés. L'humilité d'un conquérant viking comme pénitence, les ossements du duc sous les ardoises, battus par les averses du Pays de Caux.
En 952, son fils Richard II remplace les chanoines par des bénédictins, sous la direction de Guillaume de Volpiano, moine d'origine italienne venu de l'abbaye de Cluny, réformateur de génie qui va faire de Fécamp l'un des foyers intellectuels les plus brillants de l'Occident. Pendant les XIe et XIIe siècles, le réveil du monachisme normand doit beaucoup à Guillaume de Volpiano, et l'abbaye de Fécamp se place au cœur de cette ère de réforme monastique. Guillaume le Conquérant, petit-fils de Richard II, y est profondément attaché. Il confirme à l'abbaye la propriété de tous les ports de mer de son fief.
En 1099, les corps des ducs Richard Ier et Richard II sont transférés depuis leur emplacement sous les gouttières à une place plus honorable, proche de l'autel. Deux ducs qui avaient demandé à être humiliés par la pluie retrouvent une sépulture digne. Puis l'incendie de 1168 détruit l'abbatiale. La reconstruction commence aussitôt, menée par Henri de Sully, et c'est dans les fondations de cette reconstruction que surgissent les deux étuis de plomb.
L'abbatiale mesure cent vingt-sept mètres de long, autant que Notre-Dame de Paris. Sa tour-lanterne de soixante-quatre mètres éclaire le croisement du transept d'une lumière que les visiteurs décrivent comme irréelle. Elle servit de modèle à des dizaines d'églises normandes pendant plusieurs siècles. La relique du Précieux Sang est toujours là, enchâssée dans un tabernacle derrière le maître-autel. La confrérie du Précieux Sang est officiellement fondée en 1906. Le pèlerinage continue.
L'abbatiale de Fécamp a commencé sous un seigneur viking qui voulait être lavé par la pluie.
Elle s'est achevée en cathédrale, autour d'un mystère trouvé dans la terre.
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