
Abbaye
Abbaye Saint-Martin de Sées
Orne, Normandie
À propos de ce lieu
À la Révolution, Richard Lenoir installa sa filature dans l'abbaye. Cet industriel normand, qui avait lancé avec Philippe de Girard la première filature de lin en France, fit tourner ses métiers dans les salles où les mauristes avaient copié leurs manuscrits et produit le Traité de diplomatique, l'œuvre érudite en six volumes qui allait fonder la science des documents médiévaux. La laine remplaçait le latin. La filature fit faillite. Le séminaire prit la suite. L'abbaye de Sées n'a jamais cessé de se réinventer dans ses ruines.
Elle est fondée vers 560 par des bénédictins déjà établis dans l'Orne, issus de l'abbaye de Saint-Évroult, l'une des grandes maisons monastiques normandes. Les Vikings détruisent ce premier monastère. Il ne reste rien. L'abbaye renaît au XIe siècle, dans l'élan de la réforme grégorienne qui traverse la Normandie, et s'élève en pierre romane entre l'Orne et l'église Notre-Dame de la Place dans un faubourg de Sées, la vieille cité épiscopale. Une baie en plein cintre et une série d'arcatures à l'étage sont les seuls vestiges visibles de ce second édifice.
Au XIIIe siècle, l'abbaye atteint son apogée. Saint Louis y séjourne en 1256 et lui remet des terres, un roi de France dormant dans une abbaye de province pour légitimer sa piété et consolider le réseau monastique du royaume. En 1359, les Anglais s'y réfugient pendant la guerre de Cent Ans. Du Guesclin l'assaille et la prend, non sans dommages. En 1562, les bandes de l'amiral de Coligny la pillent. Gabriel de Montgommery, converti au protestantisme, l'incendie : le couvent, la nef et le clocher disparaissent dans les flammes.
Troisième résurrection. En 1636, la congrégation de Saint-Maur, ces bénédictins réformés qui allaient produire les plus grands érudits de l'Ancien Régime, introduit sa réforme à Sées et reconstruit l'abbaye en s'inspirant des plans de l'Abbaye aux Hommes de Caen. L'édifice actuel est le leur, façades austères, grand escalier intérieur, pavillons d'angle, logis de l'abbé. Pendant plusieurs décennies, des mauristes de premier rang y travaillent : dom Bessin publie la collection des Conciles de Normandie, dom Tassin contribue au Traité de diplomatique, dom Bréard rédige l'Histoire de Saint-Wandrille. La bibliothèque de l'abbaye accumule des dizaines de manuscrits dont plusieurs sont aujourd'hui conservés au Vatican, à Alençon, dans les archives diocésaines, et dont la majorité n'a pas encore été entièrement décrite.
La Révolution disperse les moines. La filature arrive. La filature part. Le séminaire s'installe en 1835. Il y est encore.
Des manuscrits de cette abbaye dorment au Vatican sans avoir été ouverts depuis des siècles.
Et le grand escalier mauriste monte toujours vers des salles où quelqu'un enseigne encore.
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