Ancienne église prieurale de Sainte-Gauburge
Lieu religieux

Ancienne église prieurale de Sainte-Gauburge

Orne, Normandie

À propos de ce lieu

Sur la tour d'escalier du logis des moines, entre deux fenêtres à meneaux du XVe siècle, deux personnages sont sculptés dans la pierre : l'un tient un mortier, l'autre serre un sac de simples. Ce sont deux apothicaires, deux pharmaciens médiévaux sculptés sur la façade d'un prieuré percheron perdu dans les champs de l'Orne. Nulle part ailleurs en France n'existe pareille représentation de praticiens de la médecine sur un bâtiment monastique rural. Ces deux silhouettes enigmatiques regardent le verger depuis des siècles, sans que quiconque ait jamais totalement expliqué leur présence ici. Le prieuré a été fondé au début du XIe siècle, dédié à sainte Gauburge, ou Walburge, abbesse d'un grand monastère bavarois au VIIIe siècle. Cette sainte germanique, connue surtout en Allemagne et aux Pays-Bas pour l'huile miraculeuse qui exsudait de son tombeau, est une figure rare dans le paysage hagiographique normand. Sa présence ici, en plein Perche, témoigne des circulations de dévotion qui traversaient l'Europe médiévale sans tenir compte des frontières. À l'origine propriété des seigneurs de Bellême, cette maison féodale puissante qui tenait les marches entre Normandie, Maine et Perche, le prieuré passe à partir du XIIe siècle à l'abbaye royale de Saint-Denis-en-France. L'abbaye de Saint-Denis, nécropole des rois de France, devient ainsi propriétaire d'un prieuré agricole au fond d'un vallon du Perche ornais. À partir de la fin du XVe siècle, il dépend directement du pouvoir royal jusqu'à la Révolution. Un domaine rural sous tutelle royale directe, ce statut particulier explique l'ambition des bâtiments et la qualité des sculptures. L'église prieurale est l'un des rares exemples d'architecture gothique dans le Perche. Elle est reconstruite au XIIIe siècle sur un édifice antérieur dont ne subsiste que le mur pignon épaulé de deux contreforts. Le chœur et la nef sont éclairés par de grandes fenêtres en ogives dont la hauteur étonne dans ce contexte rural. Le clocher est ajouté à la Renaissance : une tour de cinq niveaux surmontée de frontons triangulaires ornés de rosaces, entourés de quatre clochetons d'angle. L'ensemble mêle trois siècles d'architecture en une silhouette cohérente, comme si le temps avait travaillé à l'unisson. À la Révolution, la communauté abandonne le prieuré, vendu comme bien national le 9 juin 1791. Transformé en ferme, l'église sert de grange pendant des décennies. Du foin stocké sous les ogives gothiques. Des charrettes entre les piliers. Totalement abandonné pendant une cinquantaine d'années, il est remis en état pendant la Seconde Guerre mondiale et redevient un lieu de pèlerinage. En 1972, le prieuré accueille l'écomusée du Perche. Les collections documentent la vie paysanne du Perche — fenaison, moisson, cidre, travaux des champs. Les deux apothicaires regardent toujours le verger. Personne ne sait encore ce qu'ils y cherchent.

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Informations pratiques

Localisation

Sainte-Gauburge, 61130 Saint-Cyr-la-Rosière