
Autre
Breizh Odyssée - Espace Musée
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Pendant plus de quinze ans, l'hôtel Beauséjour a dormi au cœur de Landévennec, volets fermés, façade décrépite, ballots de plastique dans les couloirs, vestige d'un projet de balnéothérapie arrêté net quand des travailleurs clandestins furent trouvés sur le chantier. Un photographe en avait tiré une série d'images en trois visites sous la pluie, inspiré par les ruines de Détroit. Puis en 2023, des historiens et des passionnés ont poussé la porte.
Landévennec n'est pas un village comme les autres. C'est là que saint Guénolé fonde son monastère vers 485, l'une des plus vieilles abbayes de Bretagne, que l'historien Arthur de La Borderie appelle le cœur de la Bretagne. C'est là que les moines copistes rédigent le Cartulaire qui constitue, encore aujourd'hui, la source principale de ce qu'on sait de la Cornouaille continentale avant le IXe siècle. Les Vikings brûlent l'abbaye en 913. On reconstruit. Les Anglais pillent en 1595. On reconstruit encore. En 1793, la Révolution ferme définitivement les portes. En 1958, des bénédictins reviennent bâtir une nouvelle abbaye sur les hauteurs. Les ruines de l'ancienne restent en contrebas, au bord de la rade.
C'est dans ce village de moins de quatre cents âmes, posé à l'embouchure de l'Aulne là où les eaux douces se mêlent aux eaux de la rade de Brest, que l'association Histoire et Culture de Bretagne, enseignants, historiens, passionnés, choisit d'installer son projet. L'hôtel des années 1930 est réhabilité par le cabinet brestois In&Out, qui en conserve les lignes tout en l'ouvrant vers l'horizon. Deux statues de granit, Nominoë, premier roi de Bretagne, et Anne de Bretagne, dernière duchesse, accueillent les visiteurs sur la place.
À l'intérieur, quatre espaces. Le premier parcourt quinze siècles d'histoire bretonne par une frise multimédia, des ambiances sonores, des projections : du Néolithique aux Celtes, de la Bretagne des ducs à la Révolution, de Nominoë à aujourd'hui. Le deuxième, Ar Marveilhou, le merveilleux, plonge dans les contes, les légendes, le bestiaire celtique : la ville d'Ys engloutie, la forêt de Brocéliande, les îles d'Avalon. Le troisième regarde vers demain, enjeux climatiques, économie bretonne, ce que la région invente de son avenir. Le quatrième accueille des expositions temporaires.
Ce n'est pas un musée de vitrines et d'objets. Pas de pièces originales sous plexiglas. C'est un espace de narration, la Bretagne racontée à ceux qui ne la connaissent pas encore, et rappelée à ceux qui pensaient la connaître.
À l'étage, la terrasse de l'Awen Kafe s'ouvre sur la rade. Le cimetière des bateaux est visible au fond de l'anse, ces coques rouillées qui attendent leur démantèlement dans un méandre immobile de l'Aulne.
Quinze siècles d'histoire bretonne, dans un hôtel des années 1930 qui faillit ne jamais rouvrir.
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