Châtelaudren
Autre

Châtelaudren

Côtes d'Armor, Bretagne

À propos de ce lieu

En 1849, l'inspecteur des Monuments historiques monte jusqu'à la chapelle sur la butte, lève les yeux vers le plafond rouge, et écrit que ce qu'il voit là constitue l'une des plus grandes pages laissées par le XVe siècle, non seulement à la Bretagne, mais à la France entière. Cent trente-huit panneaux peints, serrés comme des enluminures, couvrent la charpente lambrissée de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Ils y sont depuis 1460. Personne ne sait exactement qui les a peints. Châtelaudren tient son nom du castel Audren, le château d'un seigneur du XIe siècle dont on ne sait presque rien. En 1034, l'héritière de la seigneurie épouse Étienne de Bretagne, qui prend le titre de Penthièvre. La forteresse devient chef-lieu du comté de Goëlo et de la baronnie d'Avaugour. Un prieuré naît à l'abri des murs, puis une ville, puis des foires, puis des routes, Châtelaudren est bientôt relais de poste sur l'axe Rennes-Brest, carrefour obligé entre l'Armor et l'Argoat. Les diligences y descendent si vite par la rue Berthou que des chasses-roues en granite ont été scellés contre les murs des maisons et de l'église au XVIIIe siècle. On les voit encore. La chapelle rouge, elle, est construite vers 1300, remaniée vers 1400, agrandie encore. C'est à la fin du XVe siècle qu'un atelier itinérant, probablement plusieurs mains, plusieurs campagnes de travail, couvre le plafond de scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, de la vie de sainte Marguerite, de saint Fiacre, de sainte Madeleine. Tableaux destinés aux fidèles illettrés, catéchisme en couleurs pour ceux qui ne lisaient pas. Sept panneaux d'albâtre de Nottingham composent le retable, l'Angleterre médiévale exportait ces sculptures dans toute l'Europe catholique. Le 18 août 1773, la digue de l'étang cède sous la pression des eaux. L'étang avait été créé au XIIe siècle pour des raisons militaires, le château tenait aussi par l'eau. Ce soir d'août, les flots se déversent dans la ville. Plus de vingt maisons sont détruites. Trente-six morts. Quarante corps enterrés en fosse commune à Saint-Gilles, sur la hauteur dominant la ville. Le témoin Françoise Nabucet écrit que les morts flottaient et ne purent être recueillis que huit ou dix jours après. En 1920, le Petit Écho de la Mode, magazine féminin fondé en 1879 par Claire Huon de Penanster, installe son imprimerie à Châtelaudren, tirant parti de la force hydraulique du Leff. À son apogée, deux cent cinquante employés y fabriquent le magazine et ses grands patrons-modèles en papier de soie, expédiés dans toute l'Europe. L'enseigne en mosaïque réalisée par Odorico en 1925 est toujours visible sur la façade. En 1939, un incendie tue sept sapeurs-pompiers. La place voisine porte encore leur mémoire. La cascade du Leff, la plus haute de Bretagne dans sa catégorie, gronde en contrebas depuis des siècles. La chapelle rouge attend, les yeux au plafond, que quelqu'un lève la tête.

Tags

petite cité de caractèreétangéglises

Informations pratiques

Localisation

Châtelaudren 22170