
Autre
Cité Médiévale de Guérande
Loire-Atlantique, Pays de Loire
À propos de ce lieu
En 1854, la municipalité de Guérande ouvrit une brèche de quatre mètres dans ses propres remparts. La ville voulait s'étendre au-delà de ses murs, rejoindre le siècle industriel, respirer. Quatre ans plus tard, le maire fit refermer la brèche. Une crise du sel avait balayé les projets d'expansion, et les Guérandais avaient constaté avec gêne que l'entaille dérangeait désagréablement l'ensemble de nos murailles. La brèche disparut. On laissa une simple poterne pour ne pas perdre la face. Cette histoire dit tout sur Guérande : une cité qui a failli se détruire elle-même, et qui y a renoncé.
Le nom vient du breton Gwenrann, le pays blanc. La blancheur des marais salants, mais aussi la blancheur du sacré : Guérande est l'une des plus anciennes villes de Bretagne. La naissance de sa paroisse est attribuée au prince vannetais Waroc'h, vers 580, qui aurait bâti un baptistère à l'emplacement de l'actuelle collégiale. Vers 848, sous Nominoë, la ville devient siège épiscopal temporaire. Elle est pillée par les Vikings en 919, 942. Elle résiste, se reconstruit, s'affirme.
Au XIVe siècle, la guerre de Succession de Bretagne la place au cœur du destin du duché. Les troupes de Charles de Blois saccagent la cité en 1342. Vingt-trois ans de conflits civils, de batailles, de pillages s'achèvent le 12 avril 1365 dans ses murs. Les négociateurs bretons et français signent ici le premier traité de Guérande, qui fait de Jean IV le duc légitime. En 1381, un second traité y est signé, même lieu, même enjeux, même Bretagne tentant de maintenir son indépendance face au roi de France. Ces deux actes font de Guérande la capitale diplomatique du duché pendant un siècle.
L'argent du sel construit ensuite les remparts. Pour financer la grande enceinte, mille trois cents mètres de granit, quatre portes fortifiées, six tours, les ducs de Bretagne accordent à la ville le droit de lever le billot, une taxe sur les débits de vin. La première mention de cette taxe date de 1415. Les recettes permettent de financer les chantiers pendant des générations, tour après tour, courtine après courtine. Fin XVe siècle, Guérande est la deuxième ville du Comté nantais, juste après Nantes. Sa flotte maritime exporte le sel vers l'Angleterre, les Flandres, la Hanse. Au XVIe siècle, l'ensablement de ses ports finit par la ruiner. Le Croisic et Le Pouliguen prennent sa place. La ville se referme sur elle-même.
Et se conserve, intacte, dans cette retraite subie. Les remparts que le XIXe siècle faillit démolir sont classés monuments historiques en 1877. Flaubert et Balzac viennent s'y promener. La ville refuse de changer.
Aujourd'hui encore, trois cents à quatre cents personnes vivent intra-muros, entre les mêmes pierres que les paludiers du Moyen Âge.
La brèche est comblée depuis cent soixante-sept ans.
Tags
médiévalchâteaumoulinchapelle


