
Lieu religieux
Collégiale Notre-Dame d'Écouis
Eure, Normandie
À propos de ce lieu
Son corps est resté deux ans pendu au gibet de Montfaucon, nu, ses vêtements lui avaient été volés par des passants dès le premier jour. Ce qui en restait fut d'abord inhumé chez les Chartreux de Paris, puis rapatrié onze ans plus tard dans la collégiale qu'il avait lui-même fait bâtir, à Écouis. Il fallut encore attendre 1475, cent soixante ans après sa mort, pour que le roi autorisât enfin les chanoines à lui commander un gisant. La Révolution le détruisit. Il ne reste plus rien d'Enguerrand de Marigny sinon son église.
Natif de Lyons-la-Forêt en 1260, Enguerrand de Marigny entre très jeune au service de la reine Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel. La reine le marie à sa propre filleule. Le roi lui confie ses finances, sa diplomatie, ses chantiers royaux. Un ambassadeur aragonais le décrit alors comme secundus rex in Francia, le second roi de France. En 1307, Philippe lui offre la seigneurie d'Écouis, dans le Vexin normand, à mi-chemin entre Gisors et Pont-de-l'Arche. Marigny y fait construire un hôpital, un collège de chanoines, et décide en 1310 d'élever une collégiale digne de sa puissance et de son salut.
Trois ans de travaux. Quatre mille pierres de Vernon. Un programme sculptural d'une ambition exceptionnelle, cinquante-deux statues de pierre commandées pour la collégiale et ses dépendances, dont un ensemble de personnages du Nouveau Testament qui compte parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture gothique française du début du XIVe siècle. La consécration a lieu le 9 septembre 1313, en présence du cardinal de Fréauville, légat du pape, entouré d'une douzaine d'archevêques et évêques. Pour un village du Vexin, c'est une cérémonie de cathédrale.
Deux ans plus tard, Philippe le Bel est mort. Son fils Louis X, manipulé par Charles de Valois, ennemi personnel de Marigny, le fait arrêter sous quarante et un chefs d'accusation. Les preuves sont inexistantes. Cela ne change rien. Marigny est pendu à Montfaucon le 30 avril 1315. Sa collégiale a deux ans.
Elle traverse les siècles avec ses blessures. Convertie en temple de la Raison en 1794, elle sert ensuite d'atelier de production de salpêtre et de magasin de fourrage jusqu'en 1797. Son mobilier est brûlé, sa flèche abattue, son portail défiguré, le gisant de Marigny détruit. Puis le culte revient, la restauration commence, et les statues rescapées réapparaissent, une Vierge à l'Enfant de toute beauté, une sainte Agnès, une sainte Véronique, une Annonciation, ensemble médiéval d'une qualité que peu d'églises rurales de France peuvent égaler.
Patrimoine-religieux
L'un de ses chanoines, en 1615, fut Vincent de Paul, avant qu'il ne devienne saint, quand il n'était encore qu'un prêtre pauvre cherchant un bénéfice stable dans le Vexin normand.
Routes Touristiques
Écouis est aujourd'hui un bourg discret que la désertification rurale a vidé de ses habitants.
Au centre du village, la collégiale se dresse toujours, massive, gothique, trop grande pour le bourg qui l'entoure.
Comme si elle attendait encore le retour d'un homme qui ne reviendra pas.
Tags
églisegothiquereligieux


