Combourg
Autre

Combourg

Ille-et-Vilaine, Bretagne

À propos de ce lieu

Dans la tour du Chat, sous une vitrine, une momie noire et sèche repose depuis 1876. C'est un chat. Il était emmuré vivant dans la maçonnerie depuis le Moyen Âge, enterré selon la coutume qui voulait qu'un chat noir sacrifié dans les murs d'un château en chasse les démons. Les ouvriers qui restauraient Combourg l'ont découvert par hasard. Chateaubriand était mort depuis vingt-huit ans. Mais l'animal, lui, avait tenu sa promesse d'hanter les lieux. L'enfant qui dormait seul dans cette tour, à l'autre bout du château de sa famille, l'avait entendu toutes ses nuits. Le château de Combourg existe depuis 1016. L'archevêque de Dol, Guiguené, y fait élever un premier donjon pour protéger son fief de Comburnium. La tour du Maure, le donjon primitif, date du XIIIe siècle. Les autres tours s'élèvent au XIVe et XVe, sous les familles de Châteaugiron-Malestroit puis les Coëtquen. En 1709, à la bataille de Malplaquet, le marquis Malo-Auguste de Coëtquen perd sa jambe droite arrachée par un boulet de canon. On lui pose une jambe de bois. Il revient à Combourg, y vit jusqu'à sa mort en 1727, et commence à hanter les escaliers de la tourelle la nuit, selon la légende, toujours accompagné d'un chat noir. Quand la duchesse de Duras, héritière du château, le vend en 1761 à René-Auguste de Chateaubriand, riche armateur malouin enrichi par la traite et la course, la réputation du lieu est déjà faite. François-René naît en 1768, dernier de dix enfants. En 1776, son père décide de s'installer à Combourg. Le château est froid, sévère, presque inhabité. René-Auguste est taciturne, muet lors des promenades du soir, absent à table. Il impose à son fils de dormir seul au sommet de la tour du Chat, à l'écart du reste de la famille, en traversant chaque soir le chemin de ronde dans l'obscurité. Il m'aurait fait coucher avec un mort, écrira Chateaubriand. La nuit, les pas à la jambe de bois résonnent dans les escaliers. Les miaulements s'élèvent vers la tour. C'est dans cette solitude que naît l'écrivain. Ces nuits à Combourg lui forgent une prose qui invente le romantisme français, la mélancolie, le vague, le poids du temps sur les pierres. Les Mémoires d'outre-tombe consacrent des dizaines de pages à ces années de terreur fertile. Pendant la Révolution, le père est condamné et meurt en prison. Le château est saccagé. Chateaubriand le revoit en 1801, en ruine : Le berceau de mes songes a disparu comme ces songes. La restauration intérieure au XIXe siècle, dans l'esprit de Viollet-le-Duc, refait les décors. Le mobilier du dernier appartement de l'écrivain, rue du Bac à Paris, a été rapatrié dans le salon. La chambre rouge, celle du père, l'épicentre des apparitions, donne toujours sur la cour. La momie du chat est dans la tour. Elle attend ceux qui osent monter.

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petite cité de caractèrechâteaulégende

Informations pratiques

Localisation

35270 Combourg