
Lieu religieux
Église Saint-Nicolas de Barfleur
Manche, Normandie
À propos de ce lieu
À Barfleur, l’église Saint-Nicolas ne tourne pas le dos à la mer. Elle lui fait face. Dressée sur son promontoire rocheux, entourée d’un cimetière marin, sa tour carrée domine un port qui fut autrefois l’un des grands passages entre la Normandie et l’Angleterre. Mais l’église visible aujourd’hui en cache une autre, disparue depuis des siècles, dont les pierres dorment peut-être encore dans les maisons du bourg.
L’histoire commence au Moyen Âge. Après les invasions scandinaves, une église romane dédiée à saint Nicolas, protecteur des marins, s’élève près du port. Vers 1060, Guillaume le Conquérant la donne à Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances. Barfleur vit alors au rythme des traversées de la Manche, des navires et des tempêtes.
Puis la guerre atteint le rivage.
En 1346, pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais débarquent à Saint-Vaast-la-Hougue. Barfleur est frappée et son église pillée puis incendiée. Elle est relevée, avant d’être de nouveau ravagée pendant les guerres de Religion au XVIe siècle.
Cette fois, les dégâts sont immenses.
L’ancienne église disparaît progressivement. Certaines de ses pierres calcaires sont récupérées pour construire des maisons de Barfleur. À la fin du XVIe siècle, le site devient même un fort, rapidement démantelé. Il faut désormais tout recommencer.
La construction de l’église actuelle débute au XVIIe siècle. Le chantier avance lentement, au rythme des ressources disponibles. Le chœur, les piles de la tour et les murs du transept sont élevés au milieu du siècle. En 1695, la tour et le transept sont achevés.
Mais l’église reste incomplète.
Pendant près de deux siècles, elle attend sa nef.
Au XVIIIe siècle, son clocher change même de silhouette : l’ancienne couverture pyramidale est remplacée par une plateforme de granit. Puis survient la Révolution. L’église est vendue pour une somme dérisoire et son mobilier est dévasté.
Les marins et les pêcheurs refusent pourtant de la voir disparaître. Ils réclament sa conservation pour une raison qui dépasse la religion : depuis la mer, Saint-Nicolas sert aussi d’amer, un repère permettant aux navigateurs de reconnaître la côte.
Au XIXe siècle, l’abbé Pierre Jean Anthouard consacre une partie de sa fortune à terminer le chantier. Entre 1839 et 1844, la nef et la façade sont enfin construites. Plus de deux cents ans après le début des travaux, Saint-Nicolas possède enfin sa silhouette actuelle.
À l’intérieur, un navire à trois mâts suspendu rappelle encore le lien ancien entre l’église et ceux qui partaient en mer.
Dehors, les tombes regardent toujours la Manche.
À Barfleur, Saint-Nicolas n’est pas seulement restée près du port. Depuis quatre siècles, elle en monte la garde.
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